l-idee-est-de-pouvoir-collecter-un-exemplaire-de-chaque-livre-jamais-publie-nous-n-en-sommes-pasBrewster Kahle, un pionnier d’internet, s’est fixé une nouvelle tâche, dans son petit entrepôt de Richmond, en Californie : protéger les livres, en conservant le maximum d’entre eux. « Il y aura toujours un rôle pour les livres », assure l’archiviste, juché sur un conteneur de marchandises standard, qui va être transformé en unité de stockage climatisée. Chaque conteneur peut renfermer 40 000 volumes – déjà une vraie bibliothèque en soi.  Brewster Kahle n’ambitionne pas de se substituer à une institution comme la Bibliothèque du Congrès américain, qui contient 33 millions de livres. Il compare plutôt son projet à « l’Arche de Noé » des îles Svalbard, en Norvège, un complexe souterrain construit pour stocker des millions de graines diverses, afin d’assurer la pérennité de la diversité des espèces végétales du monde entier. Les livres entreposés à Richmond ne sont pas destinés à être prêtés comme avec une bibliothèque, mais de servir d’exemplaires de référence en cas de disparition de sa version numérique, ou de doutes sur l’authenticité de cette copie digitale.

Pour le moment, Brewster Kahle a rassemblé environ 500 000 ouvrages, de Moby Dick à Notre-Dame de Paris, en passant par Le livre complet de la décoration à la maison ou Le Costa Rica pour les nuls. Son entrepôt, ajoute-t-il, est assez grand pour accueillir un million de livres, soigneusement répertoriés par un code-barre permettant de les retrouver rapidement. C’est beaucoup moins que les quelque 130 millions de livres différents recensés à travers le monde par les ingénieurs de la société Google, engagée dans une vaste entreprise de numérisation. Mais la facilité avec laquelle Brewster Kahle a pu acquérir ses 500 000 premiers livres, des dons de diverses institutions, le rend optimiste sur son objectif : parvenir à rassembler dix millions d’ouvrages, l’équivalent d’une grande bibliothèque universitaire.

Techniquement, les livres devront être conservés au frais et au sec, à l’abri des insectes et rongeurs. Il faut également veiller à l’acidité des papiers et encres, qui fragilisent à terme les pages. Peter Hanff, chargé des collections spéciales et livres rares à l’Université de Californie, note que le climat météorologique de l’Etat, généralement chaud et stable, est favorable à une conservation à long terme. Brewster Kahle a déjà consacré une trentaine d’années de sa vie à créer ce qu’il appelle une version numérique de la légendaire bibliothèque d’Alexandrie. Il a fondé le projet Open Library, qui a scanné trois millions de livres disponibles gratuitement sur internet. Nombre de ces ouvrages ont été prêtés par des bibliothèques. Mais l’archiviste a noté qu’une fois rendus, ces livres étaient parfois jetés, pour faire de la place dans les rayons. Plus besoin de garder un livre numérisé, se disait-on. Reste que les données numériques ne sont pas éternelles. Et, viscéralement, Kahle dit ne pas supporter l’idée de jeter un livre.

Source: Républiquain Lorrain