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Couvertures délavées, tâches d'encre, pages mélangées, reliure précaire : malgré ses caractéristiques douteuses, le livre piraté, vendu de 5 à 7 dollars au lieu de 15 pour un livre original, a du succès au Zimbabwe. Rien d’étonnant quand on connaît la situation économique du pays, plombée par une hyper-inflation annuelle de plus de 231 millions de pour cent, voire de trilliards de pour cent selon certains économistes. Dans ce pays dont le système éducatif était un des meilleurs du continent africain après l’accession du pays à l’indépendance en 1980, les subventions pour les établissements scolaires ont chuté. Résultat : les écoles et les lycées font face à un manque cruel de manuels et de livres scolaires. Ce sont justement ces ouvrages qui sont les plus vendus dans les rues d’Harare, la capitale zimbabwéenne. Or, c’est aussi ce type de livres qui est la principale source de revenu pour les éditeurs du pays. Déjà fragilisés par le contexte économique, ils voient leur stock de livres augmenter de jour en jour. Ils dénoncent l’impunité des marchants ambulants qui menacent directement leur survie en vendant des photocopies de manuels scolaires. Un imprimeur a même été trouvé avec un stock de livres contrefaits d'une valeur de 22 000 dollars. Mais "c'est juste la pointe émergée de l'iceberg", prévient un éditeur, et les investissements dans d'énormes photocopieurs couleur se développent. Hormis les parents, ce sont même parfois des écoles qui achètent des éditions pirates, sans être arrêtées pour atteinte à la propriété intellectuelle. Pour plusieurs éditeurs, les imprimeurs devraient se faire retirer leurs licences commerciales, et les livres contrefaits devraient être réquisitionnés par l’Etat. Selon le poète et écrivain Musaemura Zimunya, il faudrait baisser le prix de vente des manuels, afin de permettre à davantage de Zimbabwéens de les acheter en librairie.

Source: Livres Hebdo