manuscrit volé Avignon

A priori, Thomas Ryden, citoyen suédois et chercheur en histoire de l'art à l'Université de Lund, jolie cité médiévale située au nord-est de Malmö, n'a pas grand-chose à voir avec Avignon. Pourtant, ceux qui ont du goût pour le patrimoine de cette ville peuvent lui dire un grand merci. Dans quelques semaines, le chercheur suédois va en effet permettre à Avignon de récupérer des manuscrits rarissimes du XIVe siècle, volés, feuille par feuille, sans doute entre 1954 et 1980, dans un livre d'heures pieusement conservé dans les fonds anciens de la bibliothèque. Pour comprendre cette étonnante histoire, sans doute faut-il savoir que Thomas Ryden, passionné de documents anciens, avait, en toute bonne foi, acheté sur internet en 2003 et 2004 une série de feuillets auprès de vendeurs situés en France (à Clapiers, Hérault), aux États-Unis (à Chandler, Arizona) et chez lui, en Suède (à Askim).  Une fois en possession de ces documents, ce spécialiste et bibliophile averti n'a pas tardé à comprendre que l'origine des 36 feuillets qu'il venait d'acquérir n'était pas aussi claire qu'il pouvait le penser. En faisant son métier de chercheur, il les identifiait comme issus d'un manuscrit inventorié au catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, et comme appartenant à la collection de la bibliothèque nationale Ceccano qui, comme chacun le sait ici, est installée à Avignon. Ni une ni deux, notre chercheur, fort honnête homme, a immédiatement contacté la bibliothèque à Avignon où on lui a confirmé que sur les 52 feuillets initialement répertoriés dans le fameux manuscrit, il n'en restait plus que 12, les autres ayant probablement été déchirés et volés voici déjà de nombreuses années. Tout aussitôt, le Suédois a fait savoir à la direction de la bibliothèque qu'il n'était pas dans son intention de conserver des documents acquis dans de telles conditions, et qu'il comptait les restituer à leur propriétaire légitime, la Ville d'Avignon.  Avant cela, le chercheur, dont la bonne foi a été reconnue et qui ne sera donc pas poursuivi par la justice, pourra étudier les manuscrits et publier les résultats de ses recherches. Enfin, sans doute dans quelques mois, un représentant de la commune sera mandaté pour se rendre à l'ambassade de France en Suède, où les feuillets lui seront remis. Si l'incroyable odyssée de ces feuillets volés à Avignon voici au moins une trentaine d'années, puis dispersés aux quatre coins du monde (une partie s'est retrouvée dans l'Arizona) avant de se retrouver en Suède se termine aussi bien, c'est naturellement grâce à l'érudition et à la droiture de Thomas Ryden. On ne peut s'empêcher cependant de penser que quatre feuillets sont encore dans la nature... Et qu'avec beaucoup de chance, un collectionneur désintéressé pourrait rééditer le geste vertueux de Thomas Ryden.

Le volume qui va retrouver une partie de ses feuillets est un livre d'heures (recueil de prières liées aux heures de la journée destiné aux laïcs) qui provient d'un couvent de Valréas (d'où son appellation de Livre d'heures de Valréas). Celui-ci avait été acquis par la bibliothèque en 1893. Dans le catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, on trouve les indications suivantes : "Quelques feuillets mutilés. Les pages sont encadrées de dessins miniaturés avec animaux réels ou fantastiques, personnages, oiseaux, fleurs, etc., d'un excellent style". Cet ouvrage du XIVe siècle est écrit en français et latin, les enluminures sont sur velin. La reliure, elle, est en couverture cuir. La partie du manuscrit encore présente à la bibliothèque, qui n'est pour l'instant pas accessible, avait cependant été présentée dans le catalogue d'une exposition sur les miniatures au temps des papes qui avait eu lieu en 1993 à Avignon.

Source: La Provence