chine eldorado

L’École des Loisirs est un éditeur heureux. « Nous, notre Histoire », un album de découverte avec de grandes et belles images et des textes simples, a passé le cap des 100 000 exemplaires vendus… en Chine ! Cette année encore, l’Empire du milieu reste un eldorado pour les éditeurs français, avec les droits de quelque 2400 titres cédés à des éditeurs chinois. Un dynamisme porté depuis une bonne dizaine d’années par la littérature jeunesse, et plus récemment par la bande dessinée. Alors que l’année 2017 a été plutôt morose pour l’édition française avec une activité en baisse de 1,61 %, hors de nos frontières, la profession a sabré le champagne. « Le secteur a connu un vif succès à l’international, notamment les titres de jeunesse, de bande dessinée et de fiction qui, à eux seuls, représentent 72 % des titres cédés », se félicitait en juin dernier le Syndicat national de l’édition (SNE) dans son rapport annuel. Et de préciser que « le chinois reste aussi la principale langue de traduction des ouvrages français (16 % du total) devant l’italienne (9 %), l’espagnole (9 %), l’allemande (6 %) et l’anglaise (6 %) ». Pourtant, le SNE s’attendait en 2017 à un coup de mou. Fin 2016, les autorités chinoises avaient mis en place différentes mesures pour mieux contrôler les livres de jeunesse traduits. Et inciter les éditeurs locaux à publier des auteurs nationaux. Mais le coup de frein redouté n’a pas eu lieu.

« Cela fait plus de dix ans qu’on travaille avec la Chine. On vend essentiellement des albums jeunesse et pour les romans, on en est au balbutiement », explique Isabelle Darthy, responsable des droits étrangers à l’École des loisirs. « La Chine est de loin notre premier marché à l’international ; là-bas, tout va très vite. »

« Le made in France en édition jeunesse est un vrai gage de qualité dans le monde entier, et particulièrement en Chine », confirme une professionnelle chinoise de l’édition. L’émergence d’une classe moyenne, très soucieuse de l’éducation de ses enfants et de les ouvrir au monde extérieur, a porté le marché des livres pour enfants, et notamment le français. »

Car selon cette experte, les Chinois sont très sensibles au graphisme des albums de chez nous. « C’est souvent du très haut niveau d’un point de vue artistique », souligne-t-elle. « Sans compter que depuis deux ans, le gouvernement a mis fin à la politique de l’enfant unique, et ce sont donc plein de futurs lecteurs pour vos éditeurs », ajoute-t-elle en riant.

Si la littérature jeunesse semble confortablement installée au pays de feu Mao, depuis deux ou trois ans, la bande dessinée est en train d’y faire son nid. « C’est un marché encore jeune, et ce sont surtout les grands classiques comme Tintin, Valérian ou encore Largo Winch qu’on trouve dans les librairies chinoises, explique notre expert. Mais il est très prometteur car, comme en jeunesse, la BD française est reconnue pour son savoir-faire, la qualité de son graphisme et de ses histoires. »

Et nos stars de la littérature moderne, Guillaume Musso et Marc Lévy ? Se vendent-ils aussi bien en mandarin et en cantonais ? « Le problème en Chine, c’est qu’il n’y a pas de chiffres officiels, ni d’organisme qui contrôle les ventes comme en France. Alors chacun peut annoncer ce qu’il veut », nous confie un éditeur français. « Pour ces écrivains, assure-t-il, la Chine reste un micro marché, avec des ventes qui ne doivent pas dépasser les 40 000 exemplaires par roman ». De quoi déjà faire rêver…

Source: Le Parisien