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Lors de la rentrée de janvier 2019, les lecteurs des sept bibliothèques des différents campus de l'université de Nantes ont découvert une campagne d'affichage surprenante : préparée par le service commun de documentation de l'université, celle-ci les informe qu'une réduction de 20 % de son budget a été décidée par leur établissement et le incite à réagir. Face à cet appel et au regard des justifications de l'université, certains entrent en résistance.  Il faut dire que la coupe budgétaire fait mal, faisant passer le budget de 1 650 000 euros en 2018 à 1 320 000 euros en 2019. Et c'est sur les ouvrages que cette amputation pèse le plus, puisque la répartition du budget sur les dépenses de fonctionnement prévoit une baisse de 48 % de la part dédiée à l'acquisition de livres, qui passe de 430 000 euros en 2018 à 225 000 euros pour 2019. Celles dédiées à la documentation numérique et aux abonnements ne sont respectivement réduites que de 5 % et 24 %. Concrètement, les achats de volumes passent de 15 000 à 8 500 entre 2018 et cette année. Soit 6 500 ouvrages en moins pour les étudiants.   L'Université de Nantes, qui a pris la décision de cette réduction budgétaire, la justifie dans un article publié sur le site de Ouest France par "une adaptation des usages, l’ambition de devenir des learning center notamment liée à la baisse du nombre d’emprunts des documents papiers au profit du numérique". Des chiffres contredits dans le même article par Sandrine Lorans, la responsable de la bibliothèque pluridisciplinaire de la Courtaisière, à La Roche-sur-Yon, l'une des sept BU de l'université de Nantes, qui avance au contraire une augmentation des prêts de 35 % depuis 2014. Et même si Noël Barbu, le vice-président de l'université promet "des budgets adaptés à chaque cas, et non de manière mathématique", l'équipe de la bibliothèque de la Roche-sur-Yon a de quoi s'inquiéter de ces réductions au regard du développement actuel de son campus, boosté par l'arrivée ces dernières années de Polytech et de l'école supérieure du professorat et de l'éducation.

Certains enseignants et lecteurs se sont mobilisés suite à l'alerte lancée par Hélène Grognet. Dès le mois de février, Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l'information à l'IUT de la Roche sur Yon, qui appartient à l'université de Nantes, lançait cet avertissement depuis son blog : "une bibliothèque amputée c'est une université condamnée". Appelant à des "réactions collectives" et à des "actions structurées", il s'inquiète de cette menace qui pèse sur la place de la bibliothèque dans l'université, qui devrait selon lui en être le "socle vital" : 

"L'université de Nantes ambitionne l'excellence dans ses formations, ses recrutements, ses positionnements à l'international, écrit-il ; elle n'y parviendra jamais. Jamais. Une université qui ampute délibérément le budget de sa bibliothèque universitaire de 20% ne sera jamais une université d'excellence. Jamais. En aucun cas. Elle sera même tout le contraire. Certains chercheurs le disent déjà à mots à peine couverts".

Le 21 mars dernier, les syndicats de l'université prennent le relais et publient un communiqué commun dans lequel ils détaillent le budget documentaire et déplorent la suppression de 7 postes en seulement 2 ans. "Assurer un service public de l'enseignement supérieur de qualité, c'est favoriser la réussite réelle des étudiants et avoir les moyens de le faire", écrivent-ils, avant de demander le rétablissement des postes gelés et le maintient a minima du budget de la documentation au niveau de celui de 2018. 

Un véritable mouvement de protestation a finalement été lancé par Olivier Ertzscheid ce vendredi, depuis son blog, et relayé sur Twitter sous le hashtag #SauveTaBU : le maître de conférence y appelle tous ceux qui se sentent concernés par cette réduction budgétaire à manifester le jeudi 28 mars prochain, à 12h15, devant leur bibliothèque à Nantes, à La Roche-sur-Yon et à Saint-Nazaire :

"Le Jeudi 28 Mars à 12h15 que chaque enseignant-chercheur de l'université de Nantes aille prendre dans sa propre bibliothèque personnelle, un ou plusieurs ouvrages, impérativement récents et de nature scientifique ou en lien direct avec les filières d'étude du site (on n'est pas là pour se débarrasser de nos vieilleries, le BU ont autre chose à faire ...) et aille les donner à sa bibliothèque universitaire pour compenser ces 20% de guillotine budgétaire, écrit-il, les incitant ensuite à poster en même temps sur les réseaux sociaux un maximum de photos de ce don sous le hashtag #SauveTaBU

Source: Archimag