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En général, le milieu de l’édition anglophone du pays se tourne rarement vers la littérature francophone, notent les éditeurs acadiens. À moins d’un prix littéraire du Gouverneur général du Canada ou d’un auteur vedette, peu d’ouvrages de la francophonie canadienne sont traduits en anglais.

Lorsque la traductrice Jo-Anne Elder de Fredericton approche un éditeur anglophone pour soumettre un projet de traduction, elle a plus de difficulté à faire passer sa proposition que si l’idée vient de la maison d’édition.

«C’est encore plus difficile de publier une traduction parce que c’est moins rentable du point de vue financier. Les traductions en général vendent moins bien que des livres originaux.»

Selon le directeur des Éditions Perce-Neige, Serge Patrice Thibodeau, seulement quelques ouvrages de leur collection ont été traduits en anglais. Or, le Conseil des arts du Canada tente de peine et de misère de renverser la vapeur.

«Le Conseil des arts du Canada chauffe les oreilles des éditeurs anglophones parce qu’il y a beaucoup d’argent pour la traduction littéraire au Conseil des arts du Canada et ce ne sont que les éditeurs francophones qui font traduire des livres de l’anglais au français, mais l’inverse ne se produit pas. C’est vraiment un gros défi. C’est comme si on n’existait pas et qu’ils (éditeurs) n’étaient pas du tout intéressés à la littérature de langue française au Canada et il y a même très peu de littérature québécoise publiée en anglais», a partagé l’éditeur de Moncton.

Chaque année, le Conseil des arts du Canada organise une foire de la traduction afin de rapprocher les éditeurs francophones et anglophones. Serge-Patrice Thibodeau estime que les lecteurs anglophones auraient tout à gagner à avoir accès à des traductions pour découvrir la littérature canadienne-française.«Les lecteurs francophones des Maritimes vont lire la version originale en anglais, mais comme beaucoup d’anglophones ne lisent pas le français, ils auraient tout à gagner des traductions pour découvrir la littérature acadienne et québécoise. On dirait qu’il n’y a aucun intérêt de la part des éditeurs anglophones à moins que le livre ait reçu un prix du gouverneur général. Là, les éditeurs anglophones vont se garrocher dessus.

Les maisons d’édition Goose Lane au Nouveau-Brunswick, Nimbus Publishing à Halifax et Guernica à Toronto figurent parmi les éditeurs qui publient des traductions de livres acadiens. Certaines traductions anglaises ont aussi été réalisées par les éditeurs francophones eux-mêmes. C’est le cas des Éditions La Grande Marée et de Bouton d’or Acadie qui publient parfois les versions françaises et anglaises de certains de leurs ouvrages quand le sujet s’impose.»

D’après la directrice des Éditions Bouton d’or Acadie, Marie Cadieux, qui arrive de la Foire du livre jeunesse de Bologne, il y a encore beaucoup de chemin à faire en matière de traduction. La maison d’édition jeunesse a réussi à vendre les droits pour quelques-uns de ses livres, dont le roman jeunesse à succès de Diane Carmel-Léger, La Butte à Pétard.

«L’espoir est que ça augmente du côté francophone. Il n’y a pas autant d’intérêt du côté anglophone pour la traduction des francophones. Je pense que la connaissance des auteurs n’est pas là. Des auteurs comme Michel Tremblay ont été traduits rapidement à cause de leur notoriété. Les auteurs acadiens, même l’Acadie elle-même n’est pas sur la carnet des choses hot du côté anglophone ou rarement. Ça fait que l’appétit du public n’est pas aiguisé de la même façon.»

L’éditrice de Moncton considère que les éditeurs doivent établir des liens de confiance avec les entreprises d’éditions anglophones. Des efforts sont déployés dans ce sens à la mesure de leurs moyens.

«Pour les auteurs et pour le rayonnement de la culture acadienne quant à moi il faut absolument que les livres circulent. Le fait d’être traduit confirme le travail d’un auteur et ça ouvre sur tout un nouveau marché (…). Il reste que ce n’est pas évident et facile à vendre. Les éditeurs anglais vont rentrer dans des librairies et il vont voir des livres en anglais. Ils ne sont pas en contact avec ce que l’on fait. C’est à nous aussi de faire le travail.»

À la Grande Marée, ce sont surtout les essais historiques qui ont suscité de l’intérêt de la part du milieu anglophone.

«Ça arrive, mais c’est rare. En ce qui nous concerne, c’est surtout de l’essai historique qu’on va faire traduire. Ça arrive de temps en temps qu’on publie des manuscrits en anglais qui ont été traduits en français.» 

La version anglaise du livre Histoire des Acadiens et des Acadiennes du Nouveau-Brunswick sera bientôt publiée afin d’être distribuée dans les écoles anglophones de la province à la demande du ministère de l’Éducation.Le plus récent ouvrage du folkloriste et historien Georges Arsenault fera également l’objet d’une traduction qui sera publiée par Nimbus.

 Source: Acadie Nouvelle