hausse frequentation bibliothèques Quebec

Dépassées, les bibliothèques, en cette ère numérique ? Détrompez-vous. Aux quatre coins du Québec, elles connaissent une forte croissance de leur fréquentation. Et les jeunes y sont pour beaucoup. Loin du cliché voulant qu'ils aient constamment le nez collé à un écran, ceux-ci empruntent de plus en plus de livres. La fréquentation des bibliothèques a augmenté de 25 % depuis 10 ans, révèlent les données de l'Institut de la statistique du Québec. En 2017, les 1055 points de service à travers la province ont reçu 28,5 millions de visiteurs, contre 22,7 millions en 2007. Cette popularité ne surprend pas Curtis Rogers, de l'Urban Libraries Council, qui observe le même phénomène au sud de la frontière. Celui-ci explique que les bibliothèques représentent souvent le coeur d'une collectivité, son principal lieu de rassemblement. « On l'oublie souvent, mais aux États-Unis, il y a plus de bibliothèques que de Starbucks », souligne M. Rogers. Vérification faite, cette chaîne compte en effet 14 600 établissements, alors qu'on recense un peu plus de 16 000 bibliothèques publiques. Et ce, sans compter les quelque 98 000 implantées dans les écoles américaines.

Les jeunes semblent largement responsables de la croissance de la fréquentation des bibliothèques du Québec. En effet, le nombre d'emprunts de livres jeunesse a augmenté de 38 % depuis 10 ans, tandis que le nombre d'emprunts est demeuré relativement stable chez les adultes, affichant une légère baisse de 2 %. L'Association des bibliothèques publiques du Québec souligne que d'importants efforts sont faits pour susciter l'intérêt des jeunes lecteurs. « À partir du moment où une famille a mis le pied dans une bibliothèque, ça entre dans leurs habitudes de vie », dit la directrice générale, Eve Lagacé. « Il faut commencer en bas âge, c'est la base de la réussite scolaire », ajoute Marie Amiot, responsable de la culture et de la bibliothèque à la Ville de Baie-Comeau.

Avec les changements technologiques, les bibliothèques ont également adapté leur rôle, et le nombre d'activités qui y sont organisées a triplé. « Ce ne sont plus des cathédrales où on ne peut pas parler », illustre Marie Amiot. Si l'emprunt de livres demeure la principale raison de visiter les bibliothèques, selon un sondage mené en 2015 pour le compte de la Ville de Montréal, près de la moitié des répondants ont dit les fréquenter pour une autre raison : pour avoir accès à l'internet, pour travailler, dans le cas de travailleurs autonomes, pour faire des travaux d'équipe, dans le cas d'étudiants... Le sondage mené par Léger a par ailleurs démontré que les usagers qui s'y rendent pour emprunter des livres restent moins longtemps que les autres, soit 28 minutes en moyenne. Les gens qui y vont pour travailler passent plus de deux heures et demie à la bibliothèque. Le renouvellement des bibliothèques ne s'est pas fait seul. Depuis 10 ans, les villes ont massivement investi dans les bibliothèques. Le financement des municipalités est ainsi passé de 216 millions à 350 millions en 2017. À l'inverse, après avoir augmenté jusqu'en 2011, le financement provenant du ministère de la Culture et des Communications du Québec est désormais inférieur à ce qu'il était il y a 10 ans. Il s'établit désormais à 59 millions.

Source: La Presse