Ubook

Le livre audio reste une niche sur le marché du livre : « 15 % de part de marché en Suède et 10 % aux Etats-Unis, 7 % au Royaume-Uni, de 4 à 5 % en Allemagne, pays de fort attachement au livre papier… et entre 1 à 2 % en France », énumère Pierre Dutilleul, président du Syndicat National de l'édition. Prometteur… mais encore modeste. Pourtant, les choses bougent. Un peu partout, le succès des audiobooks, ces livres enregistrés que de plus en plus de gens écoutent sur leur smartphone, contribue même à redynamiser le marché de l'édition. En novembre 2017, le « New York Times » a pour la première fois ajouté à sa prestigieuse « Book review » une chronique tout spécialement dédiée aux audiolivres. Une décision pragmatique : le marché des audiobooks connaît une croissance à deux chiffres depuis sept ans aux Etats-Unis. L'an dernier, les ventes ont approché le milliard de dollars (+25 %), affichant la plus forte croissance de toute l'industrie de l'édition, selon l'Audio Publishers Association (APA), qui attribue ce succès aux longs trajets en voiture dont les Américains sont coutumiers (74 % des clients écoutent leurs audiolivres en voiture), et à l'émergence des assistants vocaux personnels, très populaires aux Etats-Unis.

Même explosion au Royaume-Uni. Les ventes d'audiobooks ont bondi de 43 % l'an dernier, alors que les ventes de livres papier baissaient pour la première fois en cinq ans de 5,4 %. C'est clairement une accélération (+29 % en 2015, +28 % en 2016 et +25 % en 2017), qui permet aux ventes de tripler sur les quatre dernières années. Mais le segment, évidemment dominé par le service Audible racheté par Amazon en 2008, reste limité à 69 millions de livres sterling, dans un marché du livre, e-book compris, de 3,6 milliards de livres sterling, où le livre papier pèse encore 80 % des ventes. « Nous pensons que l'essor des podcasts contribue à tirer la renaissance de l'audio en général, et donc des livres enregistrés. En outre, les éditeurs investissent massivement pour construire des studios d'enregistrement et s'assurer les services de bons acteurs pour donner une voix à leurs livres », expliquait récemment au « Guardian » Stephen Lotinga, le directeur général de la Publishers Association, qui défend les intérêts des éditeurs outre-Manche.

Toutefois, le phénomène est plus global et dépasse le seul marché anglo-saxon. L'audiobook vole également au secours de l'édition au Brésil, où il est apparu comme une opportunité d'atténuer la crise que connaît, depuis 2015, le marché du livre. Entre 2015 et 2018, le chiffre d'affaires des maisons d'édition a chuté de 20 % selon Fipe (l'institut d'enquêtes économiques brésilien). Aujourd'hui, Ubook, lancée à Rio de Janeiro, est devenu le leader des applications de streaming de livres audio en Amérique latine, avec 6 millions d'abonnés. Présente dans dix-huit pays, la plate-forme s'est récemment implantée en Europe (Espagne et Allemagne notamment), et prévoit de s'introduire à la Bourse de Toronto d'ici la fin de l'année.

Source: Les Echos