Réactions après la prolongation de Franck Bondoux à la tête du festival internationnal de la Bande Dessinée d'Angoulême
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«Le festival d’Angoulême est en danger de mort.» Voilà le constat partagé par le Syndicat des éditeurs alternatifs et les anciens Grand Prix du festival dans deux messages quasi simultanés publiés ce lundi sur le site de l’Humanité et dans un communiqué de presse.
Les auteurs d’abord. Dans un appel commun, 20 des plus grands maîtres de la bande dessinée récompensés à Angoulême unissent leurs voix pour dire l’urgence de la situation. Et le besoin d’en finir avec le mandat confié à la société 9e Art +, renouvelé à la tête du festival ce samedi contre l’avis unanime de la profession. «Il est grand temps de tourner la page 9e Art + pour que le festival retrouve, avec de nouveaux opérateurs, les valeurs qui ont construit sa notoriété internationale. Sans un changement rapide et profond, l’édition 2026 risque fort d’être la dernière.» La liste des signataires ressemble à un panthéon de la bande dessinée : Florence Cestac, Régis Loisel, Philippe Dupuy, Charles Berberian, Martin Veyron, Art Spiegelman, Jean-Claude Denis, François Boucq, Chris Ware, Frank Margerin, Jacques Tardi, François Schuiten, Baru, Blutch, Willem, Lewis Trondheim, Riad Sattouf, Hermann (Huppen), Max Cabanes, Anouk Ricard. Par-delà les genres, les écritures, les nationalités et les générations, l’autorité de ces grandes voix-là ne saurait être ignorée puisque c’est le festival lui-même qui, à travers son histoire, les a récompensées. Mais plus rien n’est sûr tant le festival est resté insensible à la tribune signée par 2 300 artistes au printemps.
Quelques minutes avant cet appel, les éditeurs indépendants formulaient leur réponse à l’attribution controversée de l’organisation du festival d’Angoulême à la société 9e Art +, sommée de s’entendre avec la Cité de la BD par l’association du festival. Une réponse qui s’est fait attendre deux jours. Le temps de prendre la mesure de la rebuffade, de guetter aussi la réaction des pouvoirs publics et d’ajuster en conséquence. Comme l’appel des Grand Prix, le communiqué du Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA) témoigne d’un mélange de colère et d’inquiétude. Parce que «jamais le danger de voir disparaître la plus importante manifestation de bande dessinée n’a été aussi concret». Le premier responsable de cette situation catastrophique, aux yeux du SEA, c’est le Festival international de la bande dessinée (FIBD) lui-même. Ou plutôt l’association qui préside à sa destinée en en confiant la gestion. «N’ignorant pas complètement les risques qu’il prenait, le FIBD a cru pouvoir s’en tirer par une pirouette en exigeant de 9e Art + qu’il collabore avec la Cité de la bande dessinée, l’autre finaliste de l’appel à projets. C’est en réalité l’inverse qui se joue puisque […] c’est la Cité qui se voit contrainte de s’associer alors même que [son] directeur avait manifesté par courrier son opposition à cet attelage contre-nature. La répartition des pouvoirs au sein de la structure […] serait inévitablement en défaveur de cette dernière.»
Dans les faits, le monstre qu’appelle de ses vœux le FIBD ressemble beaucoup au projet de SAS que le directeur de 9e Art + se proposait de créer, autour de sa société, choquant une grande partie de la profession. Afin de souligner ce qu’il considère comme «une captation évidente par des intérêts privés d’une manifestation qui relève depuis longtemps de l’intérêt collectif», le SEA prend soin de souligner l’existence d’un «courrier de menaces» adressé le 25 septembre aux pouvoirs publics dans lequel le patron de 9e Art +, Franck Bondoux, «les prévient qu’il les attaquera en justice pour faire annuler la procédure et réclamer des dommages et intérêts si 9e Art + n’était pas reconduit». Manœuvre réussie puisque samedi, les pouvoirs publics – sauf l’Etat, précise le syndicat – ont validé «cette combinaison éruptive sans consulter l’interprofession».
En conséquence, les éditeurs alternatifs ne se contentent pas de simplement dénoncer le résultat de l’appel à projets. Augmentant la pression, ils réclament «l’invalidation immédiate d’un résultat insincère» et appellent «les pouvoirs publics à réunir l’ensemble de la profession pour que soit mise en œuvre une réforme profonde du festival». Qui passe nécessairement par un changement radical de gouvernance. Le SEA exige donc la démission de la directrice de l’association du festival, Delphine Groux, la disparition de 9e Art + de l’équation du festival et la reprise des équipes par la future structure. «Sinon les conséquences seront majeures et probablement irréversibles. Dès 2026. Puis en 2027. Et peut-être à tout jamais.»
Le nombre d’éditeurs annonçant boycotter la prochaine édition du festival grossit de jour en jour. Après l’Association, Çà et là, Cornélius, Misma, Denoël Graphics, les éditions Exemplaires et Superloto ont rejoint les rangs. Même le manga s’y met puisque Ki-oon, numéro 2 du marché en France mais indépendant, a annoncé qu’il ne serait pas présent en janvier.
Source : Libération
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