Pour ses 90 ans, le prix des Deux magots a décidé de bouleverser le calendrier. Jadis décerné en janvier, après ce que l’on appelle la saison des grands prix littéraires d’automne, voilà qu’il les précède. Ce lundi 25 septembre, le jury du prix s’est donc attablé dans la salle comble du café des Deux Magots pour récompenser Guy Boley pour son roman « À ma sœur et unique » (Grasset). Il a été élu à 7 voix contre 5 pour « Humus » de Gaspard Kœnig (L’Observatoire). Succédant à Louis-Henri de La Rochefoucauld, lauréat 2022 pour « Châteaux de sable » (Robert Laffont), l’écrivain s’est vu gratifier d’un chèque de 7700 euros.« Le style de Guy Boley et sa personnalité ont tout de suite donné la certitude au jury que ce prix s’inscrivait dans la tradition des Deux Magots », a déclaré Étienne de Montety, président du prix. Quant au lauréat, il a réagi de cette manière : « Recevoir le Prix des Deux Magots 90 ans après Raymond Queneau est très émouvant. Il était un écrivain de génie et, pour moi, une sorte de maître en écriture ». Auprès de l’AFP, il a ajouté que recevoir un prix à cet âge (71 ans, N.D.L.R.), « ça ne fait pas de mal ».
Né en 1952 dans une famille ouvrière du quartier des Chaprais à Besançon, Guy Boley a exerrcé divers métiers dont cracheur de feu et funambule. Il a enchaîné les refus éditoriaux pendant une trentaine d’années avant de se faire connaître en 2016 grâce à « Fils du feu » (Grasset), avec lequel il a remporté six prix littéraires (Grand prix SGDL du premier roman, prix Georges Brassens, prix Millepages, prix Alain-Fournier, prix Françoise Sagan…). Il a ensuite publié « Quand Dieu boxait en amateur » (2018), lauréat de sept prix et « Funambule majuscule » (2021).
Dans « À ma sœur et unique », il est question de Nietszche et d’Elisabeth, la sœur perverse et narcissique qui parvint à régner sur l’œuvre du grand frère pour sa propre gloire et à faire de lui une attraction, une fois que, devenu fou et absent au monde, Friedrich était séquestré dans la demeure familiale. Le « lama », c’est ainsi que Nietzsche appelait sa sœur, n’hésita pas à « nazifier » paisiblement ses écrits quand sonna l’heure brune. Notre camarade Anne Crignon écrivait la semaine dernière que Guy Boley « écrit remarquablement ». Puis : « Avec son style fulgurant, Guy Boley est un vrai de vrai ».
Source :
L’OBS