Pour continuer d’alimenter leur IA, les développeurs ne semblent pas prêt à s’arrêter là comme le prouve un échange de mails qu'a partagé l’auteur Daniel Kibblesmith. Il révèle avoir reçu une étrange proposition de la part de sa maison d'édition Harper Collins : vendre son livre pour qu’il soit intégré à une IA en échange de 2500 dollars pour trois ans.
"HarperCollins souhaite obtenir votre autorisation pour intégrer votre livre à un partenariat établi avec une grande entreprise technologique, visant à utiliser une sélection étendue d’ouvrages de non-fiction pour l’entraînement d’une intelligence artificielle générative. "
Tandis que l’éditeur affirme qu’une centaine d’auteurs aurait déjà accepté cette offre, Daniel Kibblesmith l’a, quant à lui, jugé tout simplement “insultante”.
"Il semble qu’ils pensent qu’ils sont cuits et qu’ils courent après l’argent tant qu’ils le peuvent. Je ne suis pas d’accord. La peur de voir des robots remplacer les auteurs est une fausse idée binaire. Je vois cela comme le début de deux marchés divergents, les lecteurs qui veulent se connecter avec d’autres humains à travers le temps et l’espace, et les lecteurs qui se satisfont d’un contenu personnalisé à la demande qui leur est fourni par le grand ordinateur pour ne plus jamais avoir à être mis au défi."
La maison d’édition HapperCollins explique dans son mail avoir au préalable négocié les conditions de ce contrat et que la somme est non négociable de manière à ce que chaque auteur sous contrat reçoive la même rémunération.
"Ces conditions ont déjà été négociées et acceptées par plusieurs centaines d’auteurs, donc une négociation individuelle n’est pas possible. [...] C’est une acceptation ou un refus global."
Sur le papier, la somme peut pourtant paraître alléchante, surtout pour des auteurs qui vendent peu ou sont encore méconnus. Pourtant, qu’il s’agisse d’une œuvre renommée ou non ; le problème reste le même. Une fois intégré à une IA, l'œuvre peut être déformée et exploitée par de nombreuses autres personnes. De cette manière, elle n’appartient plus jamais complètement à l’auteur qui a passé maintes et maintes heures à lui donner vie. De même, les conditions sont assez floues. Si on parle d’un contrat pour 3 ans, il est difficile de croire que le roman en question sera supprimé de l’IA passé ce délai. La maison d’édition n’hésite d’ailleurs pas à rappeler que des romans sont déjà intégrés dans les modèles de langage, ce qui peut sous-entendre que cela arrivera dans tous les cas, donc autant être payé pour.
D’autres maisons éditions ont, pour leur part, choisi de protéger leur auteur et s’opposent à l’intégration de leurs œuvres dans des IA. Cela vaut notamment pour Penguin Random House qui interdit clairement aux systèmes d’IA de s’approprier leurs livres dans ses conditions contractuelles.
Une maison d’édition française a également créé un label “sans IA” afin de valoriser les véritables auteurs et les distinguer de ceux dont les récits ont été générés artificielleme.
Cette fois, c’est lancé. La société Filéas (pour Fils d’Informations Libraires, Éditeurs, AuteurS), dédiée au suivi des ventes de livres et au service de l’interprofession, est créée. Huit grands acteurs de la filière du livre (lire ci-après) ont signé les statuts de la SAS « à mission » ce vendredi 20 décembre.
Porté par le Syndicat national de l’édition (SNE), avec le soutien des libraires indépendants et représentants d’auteurs (du SLF, du Conseil permanent des écrivains et de la Société des gens de lettres notamment), et soutenu en partie par la Sofia et des fonds publics, Filéas ambitionne de fournir aux auteurs et éditeurs des données fiables sur les ventes de leurs ouvrages de manière hebdomadaire dès avril, puis quotidienne dès la fin d’année 2025.
« Je ne connais pas d’équivalent actuellement dans le monde » s’enthousiasme Renaud Lefebvre, directeur général du SNE, qui reconnaît : « On était en retard sur le sujet mais à partir de maintenant on prend de l’avance ».
Autour de la table du lancement de la structure dont le conseil d’administration sera présidé par Alban Cerisier, représentant du SNE et secrétaire général des éditions Gallimard, figurent de nombreux organismes interprofessionnels. « On s’appuie sur un socle solide de représentants de l’interprofession du livre pour ouvrir ce nouveau service qui sera dédié à la fourniture d’une donnée de vente globale par ouvrage, tous points de vente confondus », explique à Livres Hebdo ce dernier. « Les libraires jouent le jeu, d’autres viendront, et nous pouvons leur en être reconnaissants. C’est le sens de l’histoire. »
La plateforme sécurisée s’appuiera sur des outils éprouvés, avec « une structure ad hoc », précise Harriet Seegmuller, directrice et pour l’instant unique salariée de la structure. GfK fournira au lancement de la plateforme un flux hebdomadaire consolidé et extrapolé, couvrant chaînes, hypermarchés et librairies indépendantes.
Ce flux sera enrichi dans un second temps par les données quotidiennes de l’Observatoire de la librairie (un dispositif alimenté par les remontées des libraires indépendants via Alire et le SLF). Un partenariat avec l’ADELC, présidée par Antoine Gallimard, sera aussi mis en œuvre. « Avec GfK et les flux des libraires, on couvre presque tout le marché, même si certaines ventes échappent encore au radar », résume Matthieu de Montchalin, président d’Alire, l’Association des librairies informatisées et utilisatrices de réseaux électroniques. Le système s’ouvrira par ailleurs à tout acteur de la filière consentant à apporter ses données. La Librairie Mollat a d’ores et déjà indiqué qu’elle rejoindra le dispositif.
Pour établir son référentiel « qui sera en constante évolution », assure Harriet Seegmuller, Filéas s’appuiera également sur les données du FEL (Fichier Exhaustif du Livre) et la base auteurs d’Electre (appartenant, comme Livres Hebdo, au Cercle de la Librairie).
En Italie, le genre fantastique va à contre-courant d'un marché commercial (livres de fiction et non-fiction vendus en librairie physique, en ligne et en grande distribution) qui perd 1,1% en valeur et 2,1% en exemplaires sur les dix premiers mois de 2024 : de janvier à octobre, les ventes de livres fantastiques ont augmenté de 27,1% en valeur, atteignant 17,666 millions d'euros, de 26% en exemplaires, dépassant le million de livres vendus (1 060 000) . La classification est celle utilisée par NielsenIQ-GfK qui regroupe la fantasy et la science-fiction en une seule catégorie.
Par rapport à tous les genres de fiction, y compris les romans policiers, les thrillers, les romances et autres, la fantasy représente aujourd'hui 10 % (10,3 % en valeur, 8,4 % en copies). Et pourtant, il est difficile de définir précisément un genre qui se nourrit d'hybridation , comme le démontre par exemple la popularité croissante de la romance , un sous-genre qui vit à la croisée du récit fantastique et de la romance. Quoi qu’il en soit, les titres publiés au cours des dix premiers mois de 2024 sont au nombre de 1 016, une valeur conforme à celles des années précédentes.
Enfin, si l'on regarde le top 10 des titres les plus vendus selon le classement NielsenIQ-GfK, on retrouve en première et deuxième place deux volumes de la saga Rebecca Yarros publiée en Italie par Sperling & Kupfer, Iron Flame en première place et Quatrième. Aile en seconde. Impuissant. Power and Deception , de Lauren Roberts (Newton Compton) à la troisième place, à la quatrième place The Three-Body Problem , de Liu Cixin (Mondadori). De la cinquième à la neuvième place on retrouve cinq classiques de science-fiction et fantastique : Fahrenheit 451 , de Ray Bradbury (Mondadori), The Road , de Cormac McCarthy (Einaudi), Dune volume 1 de Frank Patrick Herbert (Fanucci), The Hobbit. Un voyage inattendu de JRR Tolkien (Bompiani), Dune tome 2 (Fanucci). Une demi-âme clôture le classement . La moitié d'une âme par Olivia Atwater, (Rizzoli). Ce classement n'inclut pas la saga très vendue de Harry Potter et d'autres fantastiques, qui sont inclus dans la catégorie « Enfants et adolescents ».
Taylor Swift continue de battre des records. Selon Circana, qui analyse environ 85 % du marché de la presse écrite, le dernier livre de la pop star, publié le vendredi 29 novembre, s’est vendu à plus de 800.000 exemplaires dès son premier week-end, a rapporté l'Associated Press. Ce succès en fait le livre le plus vendu de la semaine et le lancement éditorial le plus marquant de l’année.
Selon le site, 814.000 exemplaires se sont écoulés pendant le week-end de Thanksgiving, exclusivement via Target, qui a lancé le livre à l'occasion du Black Friday. Ces chiffres impressionnants ont été atteints malgré l’absence de ventes sur Amazon et d’autres plateformes, ainsi que des critiques en ligne de fans ayant relevé des coquilles et erreurs dans l’ouvrage, vendu à 39,99 dollars (environ 38 euros).
Le démarrage fulgurant du livre de Taylor Swift est à peine dépassé par celui des mémoires de Barack Obama, «A Promised Land», qui avait atteint 816.000 ventes lors de sa première semaine en 2020. Cependant, contrairement au livre de l’ancien président américain, disponible dans tous les principaux points de vente, les chiffres de «Taylor Swift : The Eras Tour Book» ne reflètent que les ventes réalisées durant son premier week-end.
LA TOURNÉE LA PLUS RENTABLE DE L’HISTOIRE
L'artiste avait annoncé la sortie du livre dans l'émission Good Morning America le 15 octobre dernier, qualifiant l'ouvrage de «rétrospective officielle de la tournée la plus mémorable de [sa] vie». Le livre contient plus de 500 photos et anecdotes inédites de la tournée record de deux ans qui a traversé cinq continents.
Au fil des années et des succès musicaux, la chanteuse est devenue une figure majeure de l’édition, inspirant une variété de livres : biographies, romans d’amour, ouvrages de mode, livres de coloriage, et même un recueil de recettes de cocktails intitulé «Shake It Up». Parmi les autres succès littéraires de 2024 figure notamment le livre pour enfants «Taylor Swift : A Little Golden Book Biography» de Wendy Loggia, vendue à plus de deux millions d'exemplaires depuis sa publication.
Le groupe Madrigall annonce déposer un recours de la décision de la Comco devant le tribunal administratif fédéral suisse, selon un communiqué du groupe. L'autorité de la concurrence helvétique avait rendu sa décision jeudi dernier après une plainte déposée en 2022 par la chaîne de librairie Payot. La Comco a estimé que les prix d’achats proposés par Madrigall sont abusifs.
« Le groupe Madrigall a pris connaissance de la décision de la Comco portant sur ses relations commerciales avec les librairies Payot en Suisse », fait part le communiqué. « Il considère que la Commission s'appuie sur une interprétation erronée des faits et du droit, de sorte qu'elle retient à tort un "abus de pouvoir de marché relatif" de Madrigall », conclut-il.
Lors de l'ouverture de l'enquête, le directeur général de Payot, Pascal Vanderberghe, avait expliqué à Livres Hebdo que sa plainte auprès de la Comco avait été déposée contre Madrigall « mais également Interforum, Hachette Distribution et MDS », espérant néanmoins toujours à l’époque « un accord à l’amiable ».
Après des années de négociations avec les maisons d'édition françaises, il s'était appuyé pour déposer sa plainte sur de nouvelles règles dans le droit de la concurrence en Suisse, concernant le pouvoir de marché dit « relatif », qui étaient entrées en vigueur début 2022.
Son objectif était d'obtenir de meilleures conditions tarifaires pour assurer la rentabilité des librairies en Suisse, confrontées à une rude concurrence entre la vente en ligne et le tourisme d'achat, les consommateurs pouvant être tentés de se rendre de l'autre côté de la frontière pour acheter leurs livres moins chers.
Environ 80 % des livres vendus en Suisse romande viennent de France et 90 % proviennent des quatre grands diffuseurs, selon le journal helvète Le Temps. Ils sont vendus de 60 à 80 % plus chers que leur prix français. En 2012, le patron de Payot, Pascal Vandenberghe, avait trouvé un arrangement avec Gallimard et Flammarion avant que ceux-ci fassent marche arrière. En 2013, la Comco avait déjà infligé une amende de 16,5 millions de francs (20,6 millions d’euros à l’époque) aux diffuseurs français.
ByteDance, la société à l'origine de la plateforme de partage de vidéos TikTok, a annoncé qu'elle commencerait à vendre des livres imprimés dans les librairies à partir du début de l'année prochaine, publiés sous son label, 8th Note Press. 8th Note Press travaillera en partenariat avec Zando pour publier des éditions imprimées et vendre des exemplaires dans les librairies physiques à partir de début 2025.
Le label proposera des titres de tous les genres, notamment des romans d'amour, des romans romantiques, de la fiction contemporaine et des livres pour jeunes adultes. La société a expliqué qu'elle se concentrerait sur les genres qui se sont avérés populaires auprès des lecteurs de la génération Y et de la génération Z. Leur liste initiale de titres comprend six titres.
Les livres sont On Screen & Off Again de Caitlin Cross, publié le 4 février 2025 ; The Last Man in Paradise de Syed M Masood, publié le 18 mars 2025 ; To Have and Have More de Sanibel, publié le 15 avril 2025 ; Love to Hate You de Marina Adair, publié le 22 avril 2025 ; The Lost Saint de Rachael Craw , publié le 29 avril 2025 ; et Learning to Fall de Peach Morris, publié le 15 mai 2025.
En juillet 2023, The Bookseller a rapporté que ByteDance avait commencé à approcher des auteurs après avoir déposé une marque auprès de l'Office américain des brevets et des marques pour 8th Note Press en avril de la même année, la décrivant comme une société qui fournira une gamme de services d'édition de livres, notamment des livres imprimés, des livres électroniques et des livres audio.
Selon la description, cela créera également un écosystème dans lequel les « communautés virtuelles » pourront « participer aux discussions, aux évaluations des consommateurs et aux réseaux sociaux ».
Le groupe éditorial Madrigall a abusé de son pouvoir de marché relatif en refusant de fournir à Payot ses livres aux conditions habituelles valables en France. La Commission de la concurrence suisse impose de permettre un approvisionnement direct aux conditions françaises à Payot.
Le groupe Payot est dépendant de Madrigall , souligne jeudi la Comco dans un communiqué. Il ne dispose pas de sources d’approvisionnement alternatives "suffisantes et raisonnables". Renoncer à la vente de livres Madrigall ne constitue pas non plus une option réaliste.
Dans ce contexte, la Comco juge "abusifs" les prix d’achats proposés par Madrigall à Payot. Le groupe français est désormais tenu de permettre au libraire romand de s'approvisionner directement depuis la France.
La Comco s'est appuyée pour sa décision sur les nouvelles dispositions concernant le pouvoir de marché relatif, consécutives à l’initiative pour des prix équitables visant à lutter contre "l’îlot de cherté suisse".
"Nous accueillons avec satisfaction la décision de la Comco", a réagi dans un communiqué la direction du libraire. Ce verdict "reconnaît à Payot le droit de s'approvisionner (...) au prix du marché et aux conditions usuelles de la branche (dans l'Hexagone)."
Il faut maintenant passer à la phase d'application, qui doit permettre "de proposer un prix juste à nos clients tout en maintenant des librairies de qualité en Suisse romande", ajoute Payot.
La société romande avait déposé plainte en automne 2022 contre le groupe français, dénonçant une surmajoration du prix des livres et une distorsion de la concurrence. Son directeur général de l'époque Pascal Vandenberghe avait alors parlé de "racket", occasionnant des différences de prix en magasin de 35% à 50% par rapport au prix possible si Payot pouvait acheter en France.
L'impact favorable auquel peut s'attendre désormais la clientèle de Payot n'est pas encore quantifiable. "Définir un pourcentage précis pour la baisse des prix est prématuré. Nous avons notamment besoin de connaître quelles seront nos conditions d’achats finales auprès de Madrigall. Nous souhaitons que le différentiel de prix soit le plus faible possible pour les consommateurs", a indiqué la Directrice générale déléguée Bénédicte Kuchcinski. Elle s'attend à ce que la mise en application de la décision de la Comco prenne "quelques mois".
Le verdict de la Comco peut aussi faire l'objet d'un recours devant le Tribunal administratif fédéral.
Le manuscrit de "La Disparition" de George Perec, avec quelques "e" étourdis, est en vente à Paris. Dans le manuscrit de ce roman qui a la particularité de ne comporter aucune lettre "e", quelques "e" subsistaient néanmoins, entourés en rouge. Le célèbre roman de 1969 de Georges Perec, La Disparition, était une figure de style, un lipogramme, qui ne comportait pas une seule fois la lettre "e", pourtant la plus courante de la langue française. A sa sortie, il n'avait donné aucune indication de son procédé d'écriture, laissant aux lecteurs deviner par eux-mêmes ce qui avait disparu. Le manuscrit du texte est exposé et à vendre à Paris à partir de jeudi 21 novembre 2024, avec une curiosité : quelques lettres "e" qui subsistent par erreur. Perec écrivit ce lipogramme de plus de 300 pages entre décembre 1967 et septembre 1968, à Andé, sur les bords de Seine, près de Rouen. Il était hébergé au Moulin d'Andé, transformé en résidence d'artistes, par une amie, Suzanne Lipinska, dont il était très amoureux. C'est à elle qu'il offrit en 1970 ce manuscrit, dans un coffret précieux. Et la famille Lipinska s'en sépare à présent.
"Il y a plusieurs années que Suzanne Lipinska m'a déposé ce manuscrit. Elle voulait le vendre pour doter le Moulin d'Andé. Elle est morte il y a deux ans, et sa fille m'a recontacté pour me dire qu'elle mènerait à bien la vente", explique le libraire parisien chargé de la vente, Benoît Forgeot. "C'est le seul manuscrit existant dans sa continuité. Des brouillons ont été donnés à la BnF, qui sont à la Bibliothèque de l'Arsenal, mais ce n'est qu'une partie du texte" ajoute-t-il.
Sur les 161 pages, il reste une poignée de "e", entourés en rouge, et supprimés lorsque Perec tapera le texte à la machine. L'examen de ce manuscrit révèle "plus d'un millier de variantes" par rapport à la version publiée aux éditions Denoël, détaille le catalogue. L'ensemble contient aussi des textes rédigés sans "e" par des amis de Perec, comme Raymond Queneau ou Monique Wittig. Et des lettres, dont certaines ornées de dessins, qu'adresse l'écrivain à Suzanne, dite Suzon. Cette correspondance, jamais éditée, mériterait de l'être selon le libraire, tant le désespoir de Perec, qui n'était pas aimé en retour, s'y expose avec sincérité. "Tu m'as arraché à l'indifférence, mais tu m'as rendu à l'inquiétude", écrit-il entre autres. Le prix est maintenu confidentiel.
Coup de tonnerre sur le groom bruxellois. Sortie en 2023, la bande-dessinée «Spirou et la Gorgone Bleue» occupe à nouveau le devant de la scène, pour des raisons bien moins reluisantes que lors de sa promotion. Accusée de caricature raciste des personnages noirs par de nombreux lecteurs, les éditions Dupuis ont pris la décision de retirer l'album de tous les points de vente. Une résolution annoncée ce jeudi via un communiqué sur les réseaux sociaux. Un simple tweet partageant deux cases de la BD avait suffi à déclencler les polémiques. La planche a fait ensuite le tour des réseaux sociaux, et les internautes y ont dénoncé une caricature raciste où les personnages noirs sont, selon les internautes, représentés comme des singes. La dernière édition de la bande-dessinée franco-belge ne s'arrête pas aux accusations de racisme. Certains lecteurs y voient également une image rétrograde et une hypersexualisation de la femme.
Ce n'est pas la première fois qu'un album de Spirou est au coeur de vives polémiques. Dans le 44ème album des aventures du groom, le personnage bruxellois changeait de couleur, devenant noir après une expérience ratée du comte de Champignac.
Dans le domaine en vogue de la romance, la maison d'édition Hugo Publishing prospère notamment grâce à sa collection « New Romance », sous marque déposée. Une méthode qui porte ses fruits, obligeant le reste de la filière à s'adapter. La new romance porte une bonne partie de la croissance littéraire française avec une récente explosion. Au cours des 12 derniers mois, un livre sur trois acheté grâce au pass Culture appartenait à ce genre, selon la SAS pass Culture. La romance représente aussi 1,8 % des livres vendus en 2023, soit 6 millions d’exemplaires et 75 millions d'euros de chiffre d'affaires, selon une étude GFK Market Intelligence. En livres audio, elle capte 20% des écoutes sur Nextory, l’un des principaux services européens de streaming. Un filon désiré et exploité dans le milieu de l’édition.
Autre preuve de sa récente popularité, la romancière américaine Colleen Hoover, symbole de la new romance, apparaît dans chaque top 10 des ventes 2023 des différents marchés mondiaux selon GfK. Elle est d’ailleurs publiée chez Hugo Publishing, racheté par le groupe Glénat en 2021, au sein de sa fameuse collection « New Romance », qui a vendu son titre phare Jamais plus, à plus de 840 000 exemplaires en France, tous formats confondus.
Hugo Publishing domine ce prolifique marché en France. En 2014, l'éditeur a décidé de déposer la marque « New Romance » sur sa collection, s'en réservant ainsi l'usage exclusif alors qu’il représente un sous-genre entier de la romance. « Nous avons obtenu une légitimité avec cette marque déposée en 2014. Nous voulions publier avec les codes de la new romance, proposer un gage de qualité et de rigueur », présente Arthur de Saint-Vincent, président d’Hugo Publishing.
Une collection bien protégée qui vend tout aussi bien. La maison d’édition enregistre 60 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 2023-2024 avec une cinquantaine de grands formats et une centaine de poches publiés.
S'il est d'origine anglophone, le phénomène s’est fait dépasser pour la première fois chez Hugo Publishing par la « New romance » française, avec en tête d’affiche Morgane Moncomble dans le top 10 des auteurs les plus vendus en 2023. En sortie de Covid, aucune librairie ou grande surface n’avait encore de rayon new romance. Aujourd’hui, c’est l'inverse : rares sont celles qui n’en possèdent pas.
Même si le genre de la new romance est entré dans le langage courant de la filière, Arthur de Saint-Vincent reste attaché à son label : « Pour nous, c’est toujours une marque, un critère et un fer de lance. Dans le domaine de l’édition, ça me gêne que d’autres l’utilisent. J’ai déjà envoyé des lettres recommandées à d’autres maisons d’édition. »
Varier l'expérience du lecteur
Hugo Publishing cible un lectorat précis : les femmes de 16 à 40 ans. L’aspect communautaire est très important et fait partie intégrante de l’écosystème de la new romance. C'est l’un des critères de sélection des éditeurs pour signer un auteur. Hugo Publishing a ainsi lancé sa plateforme d’écriture Fyctia, permettant d’identifier le marché et repérer les autrices. Le public s'informe par Tik Tok, premier convertisseur à la lecture, et utilise massivement le pass Culture.
La collection « New Romance » se développe aussi sur d’autres terrains. « Le métier d’éditeur ne doit pas s’arrêter à la dernière page du livre. L’expérience littéraire doit aller au-delà. Nous varions l’offre et les formats avec une expérience physique grâce au festival de la New Romance, débuté en 2016, et le New Romance magazine lancée cet été ».
Comment classer la new romance ?
Avec cette collection au nom bien gardé, comment les autres éditeurs font-ils pour classer les titres d’un genre littéraire dont l’intitulé est possédé par Hugo Publishing ?
Les analyses de ventes GfK recensent plusieurs milliers de titres de new romance, lesquels enregistrent une croissance constante au fil des années. La catégorie est représentée dans les rapports GfK sous la forme d’un sous-genre qui comprend les œuvres de new romance (dont ceux de la collection d’Hugo Publishing), en compagnie d’autres nouveaux courants comme la romantasy, la dark romance, etc.
La new romance se définit comme une intrigue littéraire centrée sur la relation. Le récit est destiné à un jeune public avec tout de même une ou deux scènes explicites. Le vocabulaire employé et la narration sont davantage sexualisés que les romans sentimentaux.
« Pour l’instant, nous gardons le même nom car cela permet une plus simple compréhension pour la filière », explique Fabien Rondeau, responsable compte clé livre francophone chez GfK. La différence entre le genre et la collection d’Hugo Publishing est connue du secteur, et GfK a besoin d’utiliser des terminologies comprises par tous. Au contraire du grand public, qui ne fera pas forcément la distinction en arrivant au rayon new romance en librairie, mais pourra observer la forte présence d’Hugo Publishing sur les étagères et les présentoirs.
Julienne lectrice
Julienne est une lectrice compulsive. Elle vient d'acheter essentiellement de la romance pour un budget de plus de 200 euros. - Photo OLIVIER DION
« Le terme de "new romance" passe de plus en plus dans le langage commun comme d’autres marques telles que le Webtoon, complète Jessy Haouzi, market data consultant spécialiste chez GfK. Le marché de la romance est en pleine expansion avec une multitude de nouveaux sous-genres qui apparaissent. Il est important pour nous de bien analyser le marché et son évolution pour segmenter et optimiser le classement dans les différentes catégories. Aussi, pour faciliter la compréhension par tous, nous utilisons le terme de "New Romance" comme une partie de la profession, en France comme dans les autres pays. Cela correspond effectivement à une collection de Hugo Publishing et ces derniers n’ont émis aucune objection à cette utilisation »
GfK reste donc à l’écoute du marché : si l’ossature de sa nomenclature est stable, les sous-segments ont régulièrement évolué et peuvent encore le faire pour tenir compte des nouveaux genres littéraires, tout en garantissant la continuité et comparabilité des analyses. « La romance est un milieu en pleine mutation, je pense qu’avec le temps, le terme "New" va disparaitre dans la nomenclature GfK car la romance est destinée à évoluer aussi. De son côté Hugo Publishing gardera probablement sa collection "New Romance". Pour l’instant, cela ne pose pas de problème », considère Fabien Rondeau.
Il existe des acteurs bien ancrés dans ce genre comme HarperCollins, mais aussi de nouveaux labels liés à de grands groupes. C’est le cas de Chatterley au sein du groupe Editis. Lancée en octobre 2023, cette maison est dédiée à tous les genres de la romance, dont la new romance, intitulée « romance contemporaine » dans son catalogue. « On ne le labellise pas "New Romance" mais c’est notre communication autour qui va l’indiquer, précise Julie Cartier, directrice générale de Chatterley. C’est de temps en temps un peu problématique de ne pas pouvoir utiliser le terme mais ça n’empêche pas les lectrices de trouver nos livres. Elles sont plus attirées par les noms des auteurs. »
Si le dépôt de marque pas Hugo Publishing n'a donc pas d'effet paralysant, Julie Cartier s’interroge en revanche sur une répétition de cette pratique de nos jours. « Aujourd’hui, je ne sais pas si l’INPI l’autoriserait. Ce n’était pas encore employé dans le langage commun à l'époque du dépôt de marque. On peut faire la même analyse pour la maison Livre de poche, ça ne passerait plus maintenant. »
Même son de cloche chez BMR, au sein du groupe Hachette Livre, autrefois appelé Black Moon Romance lors de sa création en 2014. « La marque "New Romance" ne nous pose pas véritablement de problèmes, assure Marie Legrand, directrice chez BMR. C’est un mot-valise qui regroupe la romance, ces deux mots se galvaudent. Par contre, on va faire attention à ce que les termes génériques "romantasy" et "dark romance" ne soient pas déposés. »