L'année commence mal pour les amateurs de mangas. En effet, certains éditeurs ont décidé d'augmenter leurs prix à partir d'aujourd'hui. Sont concernés les mastodontes (Ki-oon, Kurokawa, Glénat, Pika), des sociétés plus modestes (Ototo, Taifu), mais aussi les nouveaux acteurs du marché (Mangetsu).
"Un éditeur n'est jamais content d'augmenter ses prix, parce qu’on sait que les lecteurs vont devoir faire des choix", rappelle Ahmed Agne, le patron de Ki-oon.
Kana et Panini, qui ont déjà augmenté l'année dernière, maintiennent pour le moment leurs prix. Aucune augmentation n'est prévue chez Vega-Dupuis, Delcourt, Akata, NaBan, Imho et Sakka.
En pleine explosion des ventes, le milieu du manga a dû gérer, au cours des derniers mois, la pénurie du papier qui l'a empêché de rééditer des titres très populaires. La situation n'a fait qu'empirer. Sappi Papier, l'un des plus gros fabricants de papier européen, a augmenté fin septembre ses prix de 8 à 10 %. Sans compter les usines qui ferment ou se spécialisent dans le carton et l’emballage, plus lucratif que le papier.
A cette crise se sont ajoutées les hausses des matières premières nécessaires à l'impression d'un manga (carburant, énergie, encre) et des coûts de transport et de stockage. La principale hausse des prix d'impression (20-30%) vient de la crise de l'énergie, héritée de la guerre en Ukraine, qui fait rage depuis mars dernier. Autant de facteurs qui obligent les maisons d'édition à augmenter le prix de leurs ouvrages.
La situation était déjà difficile l'année dernière, mais beaucoup d'éditeurs ont pris la décision d'attendre "pour pouvoir préparer [les] lecteurs en amont", précise Satoko Inaba, directrice éditoriale de Glénat Manga. Impossible aussi d'annoncer une augmentation de prix alors que les maisons d'édition faisaient la tournée des médias pour se féliciter des ventes extraordinaires du manga.
L'enjeu de cette augmentation a été d'éviter de dépasser le seuil symbolique des 7 euros pour les titres qui font sensation chez les adolescents, dont le budget n'est pas extensible. "C'était l'équation la plus compliquée", reconnaît Ahmed Agne. Voici la nouvelle grille tarifaire de cet éditeur :

Le seuil a été franchi chez Pika (Fairy Tail, L'Attaque des Titans) et Kurokawa (Spy x Family, One Punch Man) , qui proposeront désormais leurs shonens phares à 7,20 euros.
"On a fait un état des lieux de nos tarifs", note Marie Vautrin, chargée des relations libraires et diffuseurs chez Pika. "On ne voulait pas augmenter pour augmenter."
Ki-oon résiste. Longtemps le shonen-blockbuster le moins coûteux du marché, My Hero Academia sera proposé à 6,95 euros au lieu de 6,60. Idem pour Jujutsu Kaisen (vendu jusqu'à présent 6,90). Aucun éditeur, toutefois, ne craint de perdre son lectorat.
"Je ne crois pas une seconde qu'on vendra moins de My Hero Academia et de Jujutsu Kaisen", assure Ahmed Agne. "Mais ils feront des choix sur des futurs lancements."
Des augmentations plus importantes sont en revanche à prévoir sur des titres destinés à un public plus âgé, au pouvoir d'achat plus important que les adolescents. Les chefs d'œuvre de Lovecraft de Gou Tanabe augmentent d'un euro et les Junji Ito (chez Mangetsu) entre 2 et 5 euros.
"Le débat, c’est est-ce que le livre est au bon prix par rapport à ce qu’il est sur le marché?", précise Sullivan Rouaud.
Source: BFM TV