C’est (sans surprise) Astérix en Lusitanie qui trône en tête des meilleures ventes. Le livre a été une fois encore l’un des cadeaux les plus offerts en ce Noël 2025. Un chiffre permet de s’en assurer : la semaine précédant le réveillon, du 15 au 21 décembre, 13,3 millions de livres ont été achetés. Ces chiffres compilés par Edistat et publiés par le magazine Actualitté pointent une augmentation de 22 % des ventes par rapport à la semaine précédente. Et quand on sait qu’il restait les 22-23 et 24 décembre pour en acheter encore, on se dit que le nombre de livres offerts a dû avoisiner les 20 millions.
Ces statistiques permettent aussi de savoir quels sont les auteurs qui ont été plébiscités. Une autrice, Freida McFadden place quatre livres dans le top 10 : La femme de ménage (4e, 49 102 exemplaires), La femme de ménage voit tout (5e, 39 797 ex), Les secrets de la femme de ménage (9e, 30 694 ex) et Le Boyfriend (10e, 27 023 ex). Le podium est constitué de Nicolas Sarkozy qui a vendu 50 318 exemplaires de son Journal d’un prisonnier. Cela fait plus de 140 000 ventes depuis la sortie du livre dans lequel l’ancien président de la République raconte ses trois semaines à la prison de la Santé. Laurent Mauvignier est à la deuxième place avec son livre La Maison vide auréolé du prix Goncourt et vendu à 69 058 exemplaires en une semaine. Tout en haut du classement trône cependant toujours Asterix en Lusitanie. La bande dessinée de Fabcaro et Didier Conrad a été achetée 113 480 fois, portant le cumul à près de 1,5 million depuis sa sortie.
Le reste du top 10 est formé par Inoxtag, sixième avec 36 569 exemplaires de Instinct, tome 2, le 31e tome de Blake et Mortimer (La menace Atlante) vendu 35 918 fois et Maxime Chattam à la huitième place avec 8,2 secondes (34 119 ventes).
Les observateurs attentifs des classements auraient pu s'attendre à une forte hausse des ventes de livres pour enfants tout au long de l'été. Après tout, les nouveautés de Katie Kirby , Jamie Smart et Lauren Roberts ont dominé les classements, tout comme les livres de coloriage de Coco Wyo et la solide performance continue du dernier roman de Hunger Games . Mais, selon les données du Total Consumer Market (TCM) de NielsenIQ BookScan pour les 12 semaines jusqu'au 23 août, les ventes totales pour l'ensemble de la catégorie enfants s'élevaient à 83,9 millions de livres sterling, soit une baisse de 8,4 % par rapport à la période équivalente en 2024, lorsque la catégorie avait généré 91,6 millions de livres sterling, enregistrant ainsi l'été le plus pauvre depuis 2019, lorsque seulement 80,7 millions de livres sterling avaient été dépensés en livres pour enfants. Il faut noter que techniquement, avec deux semaines manquantes dans les données en raison du confinement national, la performance de 2020 a été inférieure, avec un chiffre d'affaires de 78,7 millions de livres sterling. Cependant, la moyenne hebdomadaire pour cette période est comparable à celle des étés 2021-2024, ce qui suggère que la catégorie était en bonne voie pour un été à plus de 90 millions de livres sterling. La baisse de 8,4 % en 2025 pourrait être attribuée à un été sec, certaines régions du Royaume-Uni ayant connu quatre vagues de chaleur. Mais cela n'a pas affecté les autres catégories, avec une baisse de 1,6 % du TCM global, soit une perte de 5,8 millions de livres sterling, largement compensée par les 7,7 millions de livres sterling non dépensés en livres pour enfants. Cela ne semble pas poser de problème en première position (les ventes des 50 premiers titres ont augmenté de 1,6 %, générant 119 374 £ supplémentaires par rapport à l'année précédente), mais ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan si l'on considère le marché dans son ensemble. Les catégories les plus importantes – livres d'images, fiction jeunesse et livres de nouveauté et d'activités – sont toutes en baisse de 8 % à 10 % par rapport à l'été 2024, contribuant à hauteur de 4,4 millions de livres sterling à cette baisse, tandis que les ventes de toutes les catégories de manuels scolaires pour enfants ont subi une baisse de 20,6 %, soit un peu plus de 2,1 millions de livres sterling.
Le titre le plus populaire des mois de juin, juillet et août 2024 a été la biographie Little People BIG DREAMS de Taylor Swift, parue à l'occasion de la tournée britannique de la mégastar. L'annualisation a conduit à un été cruel pour la série biographique de Maria Isabel Sánchez Vegara, avec une chute de 61,8 %, entraînant la plus forte baisse des ventes de tous les auteurs, avec une chute des ventes absolues de 712 320 £.
Cette baisse se reflète dans une hausse de 85,1 % pour Katie Kirby, ce qui représente 729 661 £ supplémentaires pour l'auteur de Lottie Brooks ; elle occupe la première place du classement de l'été 2025, l'édition cartonnée de Lottie Brooks vs the Ultra Mean Girls s'étant vendue à 84 048 exemplaires et totalisant 763 583 £, soit une croissance de 65,1 % par rapport à The Majorly Awkward BFF Dramas of Lottie Brooks de 2024. Les ventes de fonds de catalogue de Kirby ont également augmenté de 108,6 % par rapport à l'été précédent. Kirby va à contre-courant, tandis que d'autres auteurs et marques ont vu leurs ventes baisser en raison de la chaleur. Julia Donaldson – toujours la plus grande figure du livre jeunesse – a chuté de 3,8 %, suivie de Fiona Watt, qui a enregistré une baisse légèrement plus marquée avec 4,9 %, tandis que J.K. Rowling a perdu 22,3 % de ses ventes, David Walliams a enregistré une baisse de 61,8 % et même les ventes de titres attribués au chiot Blue Heeler australien, Bluey, ont chuté d'un peu moins d'un quart. Tout n'est pas négatif, cependant, puisque les ventes de deux catégories ont progressé d'année en année. Sans surprise, l'une d'elles est celle des romans graphiques et bandes dessinées jeunesse, qui a connu une hausse de 16,9 %, ajoutant 750 000 exemplaires supplémentaires, dont environ la moitié grâce à Dav Pilkey et sa série Dog Man.
Mais comment expliquer que la catégorie Loisirs et Intérêts Généraux Jeunes Adultes ait connu une hausse de 183 %, générant un gain de 894 254 £ ? Tout cela est logique quand on sait que c'est là que les ventes des livres de coloriage Coco Wyo, Cozy Corner et Cozy Cuties, ont été enregistrées. 140 585 exemplaires des deux livres ont été vendus, pour un total combiné de 720 508 £, soit un peu plus de la moitié des ventes totales de la sous-catégorie.
Le marché britannique du livre imprimé a atteint la mi-2025, avec des ventes en valeur globalement stables par rapport à l'année précédente, malgré une contraction du nombre de livres vendus. Le marché a été particulièrement affecté par la hausse des températures estivales, qui a refroidi les rayons des magasins, même si les ventes de fiction ont continué de grimper.
Un peu plus de 859 millions de livres sterling ont été vendus entre début janvier et la semaine 29 (se terminant le 26 juillet) sur le marché total de consommation (TCM) de NielsenIQ BookScan, soit une légère baisse de 0,3 % (-2,7 millions de livres sterling) par rapport à la même période l'an dernier. Les ventes en volume ont atteint 93,1 millions d'unités, ce qui représente une baisse de 2,3 %. Mais la fiction s'est distinguée sur le marché total de consommation, avec une hausse de 6 % à 280,4 millions de livres sterling, et ce, alors que l'année 2024 était le record absolu de la catégorie. Il reste encore beaucoup à faire, mais il semble probable qu'à la fin de l'année, la fiction franchisse pour la première fois la barre des 600 millions de livres sterling.
Les fortunes ont fluctué au gré des saisons. Lors de notre dernière consultation des chiffres annuels, fin mars, le volume était en baisse de 2,1 %, tandis que la valeur des ventes était en légère hausse, notamment grâce à un prix de vente moyen plus élevé. Mais à la mi-juin, la situation s'annonçait légèrement meilleure : le potentiel de hausse de la valeur avait triplé et, si le volume était toujours en baisse, il avait récupéré une partie de sa baisse, n'affichant qu'une baisse de 1,5 %.
Puis est arrivée l'Independent Bookshop Week 2025, qui a coïncidé avec la première vague de chaleur de l'été dans le sud de l'Angleterre, enregistrant l'une des sept journées les plus difficiles de l'année. Cette semaine-là, le volume a chuté de 9,7 %, et la valeur de 7,7 %, soit une baisse de 2,3 millions de livres sterling. Depuis, les ventes ont diminué chaque semaine par rapport à l'année précédente, notamment en raison d'une chaleur persistante dans certaines régions du pays, qui a incité les acheteurs à quitter les centres-villes pour se tourner vers les parcs et les plages.
Un élément constant est la hausse du prix de vente moyen (PVM), qui s'établit désormais à 9,23 £, soit 2 % de plus qu'à la même période en 2024. En tête du classement, on trouve « Sunrise on the Reaping » de Suzanne Collins et « Onyx Storm » de Rebecca Yarros , les deux titres s'échangeant les places en tête du Top 50 depuis mars. À eux deux, les deux livres reliés se sont vendus à 569 433 exemplaires, soit 9 % du volume total du Top 50, avec 7,9 millions de livres dépensés, soit 17,7 % des ventes en valeur dans la tranche supérieure des classements.
Les titres de Collins et Yarros font partie des trois seuls livres à avoir dépassé les 200 000 exemplaires écoulés en 2025 – le troisième étant We Solve Murders de Richard Osman. The Last Devil to Die d'Osman était le seul à franchir ce cap avant les vacances d'été 2024 – et il sera sans doute ravi de reprendre la tête du marché des livres de poche, mais le sort est mitigé pour l'auteur de romans policiers, dont les ventes de livres de poche ont chuté de 13,7 %. Les livres de poche de fiction occupent la majorité du Top 50 – 33 places à ce stade au cours des deux années – mais, malgré le déclin d'Osman, les ventes totales de livres de poche sont en hausse de 2 %, en partie grâce à Freida McFadden qui compte sept entrées impressionnantes, contre seulement deux en 2024. En comptant Osman, 17 nouveaux livres ont rejoint le Top 50 depuis avril, dont In Too Deep de Lee et Andrew Child , en sixième position. Après les Child, les plus grands nouveaux venus sont Cozy Corner et Cozy Cuties du collectif de coloriage Coco Wyo, respectivement 12e et 13e. Les bonnes performances du Top 50 montrent que l’appétit pour les ventes de livres est toujours là – et donc, même si une mauvaise semaine a eu un effet négatif sur les chiffres d’une année sur l’autre, il suffit peut-être d’une bonne semaine pour que la situation s’inverse.
Le marché du livre en Belgique francophone a connu une légère progression de son chiffre d’affaires total l’an dernier. Celui-ci a atteint 268,2 millions d’euros, soit une hausse de 1,3%. Le marché se redresse donc légèrement après deux années de baisse (-5% en 2022 et -0,3% en 2023). C’est ce qui ressort des chiffres publiés par l’Adeb (Association des éditeurs belges) et le Pilen (plateforme associative chargée d'accompagner les professionnels du livre en FWB) ce mardi matin. Cette croissance est avant tout due au bond de la littérature générale, qui croît de 12,2% en valeur grâce à l’effet combiné d’une hausse du nombre d’exemplaires vendus et d’une hausse des prix de vente, indique l’Adeb.
Comme en France, le grand format en fiction et la new romance (en français et en anglais) tirent le segment. À cela s’ajoute l’incroyable succès des ouvrages du médecin légiste Philippe Boxho, dont les trois premiers ouvrages, publiés par Kennes Éditions, se sont vendus à un million d’exemplaires entre 2022 et 2024, tous marchés confondus. L’édition scolaire (+4,3%) et les sciences humaines et techniques (+2%), deux spécialités belges, complètent le tiercé en croissance. En revanche, la BD recule de 6% en raison de l’absence de grosses sorties (2023 avait été marquée par un nouvel Astérix et le retour de Gaston Lagaffe) et du recul des mangas, qui se cherchent de nouvelles séries. Le livre jeunesse recule, lui aussi, de près de 4%.
Par canaux de vente, les libraires dites de niveau 1 et 2 (librairies classiques et enseignes style Club) progressent de 4,1%, malgré les difficultés de certaines d’entre elles, comme Filigranes (reprise par l’entrepreneur Mehmet Sandurac) ou Cook & Book. Les ventes par le canal des enseignes multimédia/internet (type Fnac) sont en progression de 1,6 %. En revanche, les ventes dans les grandes surfaces alimentaires chutent de plus de 6%. Précisons que ces chiffres n’incluent pas les ventes en ligne.
L’Adeb note, enfin, l’impact de plus en plus important du dernier trimestre, voire du dernier mois de l’année sur le secteur. Ce phénomène s’amplifie année après année: en décembre, ce sont les ultimes jours qui font la tendance.
L'enquête sur les ventes de l'Audio Publishers Association, menée par Toluna, montre un retour à une croissance à deux chiffres pour le secteur, avec une hausse du chiffre d'affaires des livres audio à 2,22 milliards de dollars en 2024, soit 13 % de plus que l'année précédente. La croissance des ventes continue d'être tirée par les livres audio numériques, qui ont représenté 99 % du chiffre d'affaires en 2024 et ont progressé de 14 % sur un an. L'enquête consommateurs 2025 de l'Audio Publishers Association, menée par Edison Research, révèle que 51 % des Américains de 18 ans et plus, soit environ 134 millions de personnes, ont écouté un livre audio. On constate une augmentation notable de l'intérêt chez les non-auditeurs : 38 % se disent intéressés par les livres audio, contre 32 % l'an dernier, et le nombre de ceux qui s'y intéressent fortement a presque doublé, passant de 10 % à 18 %.
Le piratage continue d'être une préoccupation et l'Audio Publishers Association travaille activement sur ce problème, notant d'après les données d'Edison que 35 % des auditeurs de livres audio ont écouté un livre audio sur YouTube, contre 27 % en 2023. L'une des principales raisons (76 %) de l'utilisation de YouTube a été citée comme étant la gratuité des produits, qui sont en grande partie piratés.
Une part croissante d'auditeurs cite l'accessibilité comme un facteur clé dans la consommation de livres audio : 72 % déclarent qu'il est important que les livres audio soient disponibles sur leur plateforme d'écoute préférée et 63 % apprécient l'accès via leur application de bibliothèque. La fiction générale représente la plus grande part des revenus par genre et a augmenté de 16 % par rapport aux revenus de 2023. La science-fiction/fantastique, la romance et la non-fiction générale constituent les autres genres les plus importants en termes de revenus. Les plus fortes augmentations annuelles des ventes de genre ont été observées dans les catégories Romance (+ 30 %), Enfants et Jeunes Adultes (+ 26 %) et Science-Fiction/Fantasy (+ 21 %).
La consommation et le nombre de livres audio narrés par l'IA ont augmenté, bien que la volonté d'essayer des livres audio narrés par l'IA ait diminué d'une année sur l'autre, passant de 77 % en 2023 à 70 % en 2025.
Le chiffre d'affaires avait augmenté de 6,3 % en 2022, mais de façon artificielle, le prix des livres ayant gonflé de 7,1 %. Alors qu'entre 2023 et 2024, les prix se sont stabilisés (-0,1 %), tandis que le volume des ventes a lui augmenté de 5,2 %. Les éditions de poche sont les principales bénéficiaires de ce dynamisme. Avec une hausse de 7,3 %, le miniformat représente presque les trois quarts des ventes, confirmant que les amateurs de polar lisent énormément, et massivement des poches, surtout lorsqu'ils sont fauchés. En termes de saisonnalité, juillet s'avère un mois particulièrement propice au noir, vacances obligent, mais le mois de décembre se révèle indétrônable. Les fêtes de Noël représentaient 13 à 14 % des ventes annuelles en 2024, selon que l'on parle de volume ou de valeur, avec un point de plus comparé à 2023. Ces fêtes ont été suivies d'un mois de janvier spectaculaire en 2025, avec une hausse de 2 %, alors que l'on continue de redouter mars et septembre, des mois particulièrement en retrait.
Le top 10 des auteurs de polar en grand format ? Franck Thilliez, numéro 1 avec Norferville, chez Fleuve. Un polar dans le grand nord canadien, plus social et moins scientifique qu'à l'accoutumée, qui voit l'auteur de la série Sharko et Hennebelle faire un vrai pas de côté. En deuxième place, Bernard Minier, avec Les effacées, chez XO. La deuxième enquête de sa nouvelle héroïne espagnole, la flic Lucia Guerrero, nous entraîne en Galice sur les traces d'un mystérieux tueur de travailleuses pauvres, tandis que ce printemps on s'arrache le retour de son autre héros récurrent, Martin Servaz, dans H, qui vient de paraître.
Viennent ensuite les Anglo-Saxons, Stephen King chez Albin Michel, Harlan Coben chez Belfond, et Lisa Gardner, encore chez Albin, une habituée de la liste des best-sellers du New York Times, qui s'offre une puissante percée française depuis un an : elle totalise désormais 2 millions d'exemplaires vendus chez nous. Toujours dans le peloton de tête, Maxime Chattam - Albin Michel encore -, et Michel Bussi, qui fait coup double aux Presses de la Cité avec Les assassins de l'aube et Mon cœur a déménagé. Le destin de Folette. Dans ce top 10, en intégrant les versions de poche, Thilliez reste numéro un, mais avec cette fois son roman précédent, La faille, chez Pocket. On voit Fred Vargas réapparaître avec Sur la dalle chez J'ai lu, Jean-Christophe Grangé talonner ceux-là, en onzième position, avec Rouge karma, paru en mai dernier au Livre de poche. Ces lignes statistiques soulignent que les auteurs-locomotives tractent encore l'ensemble du marché, comme c'est le cas depuis des années.
Des auteurs « fétiches », qui confirment que la curiosité ne l'emporte pas en temps de frilosité économique. Le lecteur garde le nez dans son cache-col, et ne prend pas de risque. On le constate de façon récurrente chez Belfond, maison qui s'est mise au noir il y a seulement cinq ans, avec des textes plutôt littéraires. Carine Verschaeve, responsable éditoriale, explique que c'est même devenu un équilibre entre un « public frileux envers ce qu'il ne connaît pas », et les « best auteurs, comme Harlan Coben, qu'on aime aimer, avec qui on aime être ». Coben arrive 11e des ventes avec Sur tes traces chez Pocket, 17e avec Méfie-toi, le grand format. Cette notion de « confort » que procurent les terrains connus - comme le sont les valeurs refuge en économie -, a connu son âge d'or durant la pandémie. Mais on pensait qu'en sortant de la crise sanitaire, la cote serait aussitôt en décrue ; or les « best auteurs » sont restés « les best », avec, pour les Français, la triplette Thilliez-Minier-Bussi.
Selon Carine Verschaeve, les Suédois appartiennent également à cette catégorie de « lectures doudou », puisqu'il s'agit d'une « littérature relativement codifiée ». Dans les étrangers qui caracolent en tête, on trouve les deux Camilla suédoises : Camilla Läckberg, qui revient nous glacer ce mois-ci avec Mirage (Actes Sud) et Camilla Grebe, qui nous plonge dans Les ténèbres de Mörkret (Calmann-Lévy). On note que le virage radicalement féministe pris par Camilla Läckberg depuis La cage dorée paru en 2019, deux ans après l'affaire Weinstein, lui a possiblement permis de garder la tête du classement des ventes dans un secteur où les lecteurs sont une majorité écrasante de lectrices. La belle ascension cette année de Johana Gustawsson, la Marseillaise installée à Stockholm, avec le titre de cet hiver, Les morsures du silence (Calmann-Lévy), aux accents plus féministes que le précédent, L'île de Yule, est sans doute elle aussi amplifiée par cet ancrage. Dans le classement des meilleures ventes, les Français montent de plus en plus haut. Et l'on peut y voir un effet salon-signatures pour des auteurs qui sont plus présents que les étrangers en région lors d'événements littéraires.
Pour Caroline Lépée, l'éditrice de Guillaume Musso chez Calmann-Lévy, le succès massif des auteurs de polar français est dû en grande partie au fait qu'ils écrivent de plus en plus sur des terrains qu'ils connaissent bien, « ce que font les Américains depuis longtemps ». Elle prend pour exemple le succès de Jean-Christophe Rufin avec son enquêteur à imperméable fripé, Aurel le Consul. Au-delà de la légèreté, qui est rare dans le polar, l'ex-diplomate amène une véritable « connaissance du terrain », sans verser dans le roman d'espionnage brut de décoffrage.
Dans cette veine, Caroline Lépée nous annonce le prochain objectif de la maison : Alexandra Julhiet, en mai, avec La fête de l'ours. Après Car un jour de vengeance, paru en 2023, l'autrice amène « une voix de femme, complète et cohérente », affirme Caroline Lépée, qui ajoute détester dire ce genre de choses. Comprenez que son héroïne pense dans le roman comme une femme réelle, c'est-à-dire « des choses qu'on pense toutes et qu'on n'ose pas dire tout haut ». Un village de montagne, des souvenirs d'enfance qui remontent peu ou mal pour une femme dont l'environnement va tourner à l'absurde lors de rites ancestraux ; une fête où, comme à Bayonne, il vaut mieux être dans la rue à 16 heures plutôt qu'après 23 heures... On a hâte. En parlant de pas de côté, et d'ours, Gallmeister, la maison dont c'est le symbole, affiche un Italien à son tableau de chasse, ce qui est suffisamment rare pour être mentionné. « Piergiorgio Pulixi s'installe comme un auteur poids lourd », nous explique Oliver Gallmeister, le patron qui vient de souffler la vingtième bougie de sa maison. « Avec le cinquième tome de sa série des enquêtes de Mara et Strega, Stella, qui paraît ce mois-ci, on n'est plus très loin des 400 000 exemplaires vendus, ce qui place Pulixi juste derrière Erri de Luca, présent depuis trente ans avec près de 50 livres, et bien devant Elena Ferrante. »
Les éditions Gallmeister, lancées grâce au genre autoproclamé du « nature writing », spécialiste de la littérature des grands espaces américains, qui flaire et publie le deuxième Italien le plus bankable de France, un comble ! Et c'est la preuve que l'agilité, dans le polar, paie. « Les auteurs plus littéraires de nos débuts, comme James Crumley ou Larry Brown, sont plus difficiles à vendre aujourd'hui, assure Oliver Gallmeister. Ce qui fonctionne désormais, ce sont les "high concept thrillers". C'est-à-dire des univers futuristes ou en lien avec la SF, comme les multivers, qui utilisent les recettes du thriller », nous apprend-il. Ainsi la trilogie Wayward Pines de Blake Crouch, disponible en poche chez Totem, s'est vendue à 100 000 exemplaires en douze mois. Alors qu'avec Peter Swanson, auteur de Huit crimes parfaits, Gallmeister n'est plus loin de donner, aussi, dans le cosy crime. Mais version rythmée.
« Il faut sortir de la case », corrobore l'éditeur Aurélien Masson, qui, après ses coups de maître à la « Série noire » suivi d'un passage aux Arènes, arrive chez Plon pour ouvrir totalement le champ des possibles. De fait, « le polar commence à intéresser d'autres lecteurs, nous assure-t-on chez Michel Lafon. On assiste à une démocratisation du genre, un décloisonnement. Les frontières sont en train de tomber, ce qui permet la conquête de nouveaux territoires », s'aventure Maïté Ferracci, directrice éditoriale.
« On pensait, il y a peu, que le genre allait se faire écraser par les séries tv, mais les auteurs ont réussi à passer ce cap et ce sont eux que la télé vient désormais chercher », poursuit Florian Lafani, qui est retourné chez Michel Lafon, après un passage chez Fleuve, pour y développer ce genre en « perpétuel changement ». « Le polar, dans les années qui viennent, ça va être le suspense à la croisée des genres », nous dit-on chez Belfond. Le marché va « aux genres très hybrides », approuve Glenn Tavennec, le directeur du label Verso au Seuil, qui regarde désormais vers la Corée, et mentionne au passage les éditions Sonatine, dont l'hybridation a toujours été l'ADN. Marie Misandeau, cofondatrice et tête chercheuse de Sonatine, nous confirme que « le polar utilise de plus en plus souvent l'enquête pour flirter avec les autres genres ».
Elle évoque la trilogie Dernier meurtre avant la fin du monde, de Ben H. Winters, qui vire au fantastique, comme d'autres le font vers l'horreur ou l'angoisse, tel La dernière maison avant les bois, de Catriona Ward, « la chouchoute de Stephen King ». « Quand Ward écrit ses livres, elle se fait peur toute seule ! On est à la limite du possible. Ce n'est même plus du thriller psychologique, mais de l'angoisse pure. » Marie Misandeau tente « un coup » l'automne prochain : « Un livre qui implique totalement le lecteur ». Un fait divers qui se déroule en Grande-Bretagne est raconté dans la première partie, suivie du même vu par l'enquêteur, puis par le juge. « Même si on connaît tous les codes, on se fait berner », conclut-elle à propos de Coupable ! de Hazel Ward.
Des livres « immersifs », doublés d'un certain retour au « mystère ». Plus besoin de meurtre, ni que ça saigne, « parfois même plus de crime, à peine macabre, on revient aux fondamentaux, à Christie, et au sens du mystère », poursuit la cofondatrice de Sonatine. Les codes changent. Ceux des jeunes adultes débarquent, avec un besoin d'être embarqués émotionnellement, d'immersion plus fort, comme dans les séries. « Il faut oublier le monde ancien, la bascule s'opère », certifie Glenn Tavennec. Et quand le polar « sort de la case », que reste-t-il ? Le mystère.
Apple est frappée d'un recours collectif intenté en Californie. Elle est accusée de pratiques commerciales trompeuses concernant la vente de livres numériques et de livres audio via son application Livres. La plainte précise que plusieurs clients ont vu des livres qu’ils pensaient avoir achetés disparaître de leur bibliothèque, sans qu’Apple ne les en informe ou ne leur propose de remboursement. Ils estiment donc qu'Apple ne respecterait pas la loi californienne sur la publicité mensongère, ainsi que d’autres dispositions relatives à la protection des consommateurs.
Toutefois, Apple précise, dans ses conditions générales des services, que le contenu acheté reste généralement disponible pour téléchargement ou accès, mais que certains titres peuvent être retirés à tout moment, notamment si l’entreprise perd les droits de diffusion : Bien que cela soit peu probable, après votre achat, le Contenu peut être supprimé des Services et devenir indisponible pour un téléchargement ultérieur ou un accès d’Apple.
Apple recommande donc aux utilisateurs de télécharger immédiatement leurs achats et d’en conserver une copie locale. Toutefois, cette mention n’apparaît pas directement lors du processus d’achat dans Apple Books, ce que dénoncent les plaignants.
L’affaire Morehouse et al v. Apple, Inc. vise à représenter tous les clients ayant acheté un livre numérique ou un livre audio sur Livres, sur une période encore à définir. Les demandeurs réclament jusqu’à 5 milliards de dollars de dommages et intérêts. À ce stade, aucun juge n’a encore été assigné, et la certification du recours collectif reste à confirmer.
Ce procès pose à nouveau la question cruciale de la propriété numérique : lorsqu’un utilisateur achète un contenu en ligne, en est-il réellement propriétaire, ou seulement détenteur d’un droit d’usage temporaire et conditionnel ? Pour le moment, Apple n’a pas encore réagi officiellement à cette plainte.
Depuis 2021, le marché du livre québécois ne s'est jamais aussi bien porté. C’est ce que montre le bilan annuel Gaspard publié par la Banque de titres de langue française (BTLF) et dont les premières pages sont proposées en libre accès. Selon l'étude, qui n’inclut pas les données de certaines grandes chaînes de librairies, les recettes des ventes en librairie ont augmenté de +6,9% en valeur et +4,6 % en volume en 2024, soit la deuxième progression la plus importante depuis 2012 (qui n’égale donc pas le bond exceptionnel de +16,3% en valeur en 2021). Cela est dû notamment à l’augmentation des achats effectués par les collectivités (+11,6% par rapport à l’an dernier). Ce dynamisme est aussi à mettre au crédit de l’édition québécoise, dont les ventes progressent de +8,5% tandis que la production étrangère enregistre une croissance plus mesurée de +4,8%. Au total, le chiffre d'affaires généré en 2024 par les 321 points de vente (représentant 119 entreprises) inclus dans le bilan annuel Gaspard s'élève à près de 250 millions de dollars canadiens, soit environ 160 millions d'euros.
Les catégories littérature et jeunesse représentent à elles deux plus de la moitié du marché (53,5%) et font figure de locomotives avec des hausses des ventes respectives de +10,9% et +11,4%. L’initiative du ministère de l'éducation québécois octroyant 300 dollars par classe pour l’achat d’un livre jeunesse de la province explique partiellement cette augmentation. Au sein de la catégorie littérature, l'étude note en particulier le bond de +59,6 % de la littérature sentimentale (la romance) qui, « après la hausse de +53,3 % en 2023, vient doubler ainsi ses ventes en l’espace de deux ans. » Au contraire de la jeunesse, les titres les plus vendus de ce secteur sont principalement écrits par des auteurs américains, notamment Colleen Hoover et Ana Huang. Le livre pratique connaît lui aussi un petit rebond de +2,2% depuis la pandémie tandis que, pour la première fois et après des années de forte croissance, la bande dessinée termine presque à l'équilibre (+0,4%).
Le bilan Gaspard propose également le palmarès des 200 meilleures ventes de 2024 au Québec. Si les deux auteurs en tête des ventes (Marc Lachapelle avec Le Guide de l'auto 2025 édité par L’Homme et Janette Bertrand avec Cent ans d'amour. Réflexions sur la vieillesse édité par Libre Expression) sont québécois, le troisième de ce classement n’est autre que l’écrivain français Guillaume Musso avec son roman Quelqu’un d’autre édité par Calmann-Lévy et écoulé à plus de 400 000 exemplaires en France selon GFK. Les 7 autres livres de se classement sont :
Rue Duplessis. Ma petite noirceur de Jean-Philippe Pleau édité par Lux,
Civilisés de Patrick Senécal édité par Alire,
le tome 2 de Mon premier livre de recettes de Ricardo Larrivée édité par La Presse,
Un animal sauvage de Joël Dicker édité par Rosie & Wolfe,
Là où je me terre de Caroline Dawson édité par Remue-ménage,
Bescherelle. L’art de conjuguer, Collectif édité par Hurtubise,
C'est mon cerveau ! d'Élise Gravel édité par Scholastic.
La BTLF dévoile ici en libre accès les 50 premières places de son top 200 des meilleures ventes de livres au Québec en 2024.
Surprise : le marché des guides touristiques est en net repli. Voilà le principal enseignement des données fournies par GFK pour l'année 2024, cela après deux années d'exceptionnelle embellie au sortir de la crise du Covid-19. En volume, le marché perd 6,3 % et, en valeur, il affiche 3 % de perte par rapport à l'année précédente. Un recul important et surprenant au regard des chiffres de bonne santé de l'industrie du voyage sur la même année, que chaque acteur de l'édition touristique interprète différemment : conjoncture politique instable en France pour les uns, impact de la loi Darcos sur les frais de port du livre pour les autres, incertitudes géopolitiques mondiales et effet JO pour les troisièmes...
« De manière générale, je crois que nous avons tous été surpris par l'ampleur du repli », résume Dominique Bovet, directeur éditorial de Lonely Planet France.
« Mais ses raisons sont extérieures aux mondes du tourisme et de l'édition, et c'est une grande chance », veut croire Philippe Gloaguen, créateur et directeur du Routard.
Cette baisse de régime se reflète avant tout sur la première destination touristique des Français : la France. Les ventes de guides touristiques hexagonaux reculent de 13,1 % en volume (et jusqu'à 37 % pour Paris), et de 10 % en valeur. Devant, les guides Europe résistent un peu mieux (-6 % en volume, -3 % en valeur) et, confirmant la tendance de l'an passé, les guides monde limitent le mieux la casse, reculant de seulement 2 % en volume, et gagnant même 0,6 % en valeur. Des constats qui se vérifient globalement dans les ventes des leaders du marché.
« L'effet météo et la conjoncture difficile en France, couplés aux prix de la destination, ont accéléré le recul des ventes. Le monde, porté par la reprise du tourisme international et des trafics aériens, nous a permis de sauver la mise, et nous continuons à investir dans ce sens : plus sur le monde que sur la France », confirme Philippe Orain, directeur des guides Michelin Voyage et Cultures.
« Malgré la baisse, la France reste évidemment leader de nos ventes avec la proche Europe. Mais l'appétence pour l'Asie, à l'exception de la Chine et de l'Inde, est certaine et surprenante », ajoute Philippe Gloaguen.
La tendance, déjà forte, des voyages en Asie se renforce en effet, grâce à des destinations beaucoup plus abordables que la France et l'Europe. Il se murmure que, pour les périodes de pointe, il est plus économique d'aller une semaine au Japon, vols compris, que dans un camping du sud de la France... Tokyo, Vietnam, Thaïlande ou Indonésie : toutes ces destinations font partie des plus grands succès de l'année des éditeurs.
« Nos deux cartons de 2024 ont été l'Albanie et le Japon, que nous avons dû réimprimer d'urgence au bout de quatre mois. C'est rare que l'on se fasse surprendre ainsi », raconte Dominique Bovet. Surprise japonaise que confirment à l'unisson ses confrères, tout comme la montée en puissance des destinations d'Europe du nord.
« La Norvège a été la grosse surprise de l'année chez nous, et l'Europe du Nord a presque pris le pas sur les destinations traditionnelles d'Europe du sud », glisse Philippe Orain chez Michelin. La Laponie, l'Écosse ou l'Irlande ont aussi fait leur entrée dans le top ventes de plusieurs éditeurs.
Au-delà des mises à jour incessantes des guides, les éditeurs continuent de miser sur les beaux livres et les albums illustrés grand format. Malgré le fort recul des ventes sur le segment (-20 % environ en volume comme en valeur sur les ventes de beaux livres France en 2024) et les risques économiques que le format implique, la bataille reste féroce et l'investissement continu. C'est le cas avant tout du Routard (Randonnées en Europe, 1 000 expériences autour du monde, 30 city-trips en train en Europe...), qui veut transformer l'essai des succès surprises qu'ont été ces dernières années Voyages (140 000 exemplaires écoulés d'après l'éditeur) et Les 50 plus beaux voyages à faire dans sa vie (90 000 exemplaires).
« C'est une stratégie qui vient en complément des guides, une façon de compenser une certaine érosion du marché », analyse-t-on à la direction de Lonely Planet France, maison qui continue (comme les autres) de miser sur des albums illustrés axés sur l'itinérance, le vélo, les micro-aventures, la randonnée... « C'est un segment dynamique du marché qui, même s'il est en recul, pèse toujours lourd en valeur. Nous allons continuer de lancer beaucoup de titres, sur le train, sur l'Asie, sur les vacances en pénichette... », décrypte Hélène Firquet, directrice éditoriale de Gallimard Loisirs. « Le format est propice à l'inspiration, mais c'est une stratégie qui doit être raisonnable et se faire avec beaucoup de sens », ajoute Cécile Petiau, directrice éditoriale pour l'Illustré chez Hachette tourisme, maison qui a édité avec succès Voyager en train avec HOURRAIL fin 2024.
Pour d'autres, l'exercice reste trop périlleux. « Je n'arrive pas trop à voir le modèle économique de l'illustré et du beau livre, pour moi c'est un axe de communication plus qu'autre chose », tempère Louis Auzias, directeur général du Petit Futé, maison qui ne produit que des beaux livres en marque blanche pour le compte d'acteurs du tourisme.
Le tassement général du marché n'empêche en rien ses principales firmes de continuer leur évolution, entre refontes graphiques, mises au point esthétiques ou lancement de nouvelles collections en accord avec des tendances qui perdurent : cyclo/ moto, voyages en train, nature, et toujours itinérance, vélo, micro-aventures et randonnée... Quand Le Routard fait le pari de rééditions de plus en plus serrées de ses guides, Hachette Pratique mise sur la dynamique de ses guides Petaouchnok et Simplissime, sur la nouvelle maquette de ses mythiques Guides bleus (trois titres par an) et sur le lancement fin mars de la collection de carnets « Food Lovers Travel », présentant « la crème de la crème » des adresses dans les grandes villes, d'après Cécile Petiau.
Après un changement de nom l'an passé, les guides Michelin ont, eux, procédé à un changement de taille, avec de nouveaux ouvrages plus légers et nécessitant moins de papier, mais toujours avec le même contenu. Les éditions Michelin, désormais dirigées par Jean-Baptiste Passé, lancent deux nouvelles collections au mois de juin, sans plus de précisions pour le moment. Sa direction indique aussi être très concentrée sur ses chantiers de digitalisation, systématisant la sortie de ses guides en ebook, mais aussi sur le centenaire du Guide vert qui marquera l'année 2026. Certains parient sur des changements plus profonds : Voyages Gallimard refond complètement son offre (voir par ailleurs), quand Glénat ouvre ses guides de randonnée à l'hébergement et aux expériences avec « Mon week-end rando clé en main ». « On amène à nos guides de rando une dimension touristique », raconte Aurore Belluard Lebaigue, directrice adjointe du secteur Livre de Glénat. D'autres se lancent de nouveaux paris éditoriaux à l'instar des guides du Nomade ou des très littéraires guides de L'arbre qui marche, rédigés par des écrivains et qui se « dévorent comme un roman ».Chez Lonely Planet, l'accent est actuellement mis sur la refonte, sur le fond et la forme, de la collection « En quelques jours » s'intéressant aux courts séjours.
« Nous allons rééditer 57 titres dans une nouvelle forme », annonce Dominique Bovet. « Deux nouvelles collections verront également le jour au printemps : l'une sur les plus beaux road trips, l'autre sur un premier guide pour les enfants (lire par ailleurs) », ajoute-t-il. Concomitamment à Lonely Planet, notons que le groupe Editis compte relancer en 2025 sa marque En voyage éditions, avec une collection baptisée « 500 adresses et lieux secrets ».
Du côté du Petit Futé et de ses 840 destinations dans 192 pays, se poursuit la refonte des guides entamée l'an passé, en misant toujours sur le pointu, avec par exemple la relance d'un guide sur la Corée du Nord. Le guide fondé par Dominique Auzias et Jean-Paul Labourdette en 1976 indique avoir bien résisté à 2024 grâce à ses ventes en B2B en agences de voyages, et continue d'enregistrer des tops ventes à rebours de ses concurrents : Philippines, Nouvelle-Zélande, Cap Vert et Ouzbékistan.
Le Syndicat des librairies francophones de Belgique a rendu public le bilan de 2024 consacré aux chiffres des librairies indépendantes. Au nombre de 43 dans la région et membres du SLFB, celles-ci ont réalisé un chiffre d’affaires 2,76% supérieur à celui de l’an dernier, qui dépasse les 33 millions d’euros. Cette hausse témoigne néanmoins d’une activité qui demeure relativement fragile : les ventes de livres en volume n’ont augmenté que de +0,61% tandis que les ventes destinées aux collectivités, qui représentent 20 % de l’activité, ont baissé de -4,58%.
Parmi les secteurs porteurs, sans grande surprise, la littérature domine le marché avec une part de près de 30 %. Derrière elle, on retrouve la bande-dessinée (18,7 %) et la jeunesse (14,3 %). Parmi les livres les plus vendus, Jacaranda de Gael Faye (Grasset) fait office de tête de pont, suivi par l'auteur et médecin légiste belge Philippe Boxho publié chez Kennes avec trois livres différents au sein du classement des meilleures ventes. Par ailleurs, en 2024, quelque 209 000 références différentes ont été vendues : si 30 % des ouvrages écoulés sont des nouveautés de moins de trois mois, 35 % des livres datent de plus de deux ans. Le rapport réaffirme ainsi la nécessité et l’utilité éditoriale des librairies indépendantes.
Ces chiffres sont à mettre en perspective avec les résultats en décroissance de la librairie indépendante française. Selon l'Observatoire de la librairie du SLF, le chiffre d'affaires des librairies a fléchi de -0,9 % en dans l 'Hexagone 2024, tandis que les volumes ont plus nettement reculé (-2,4 %).