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2 juillet 2025

Une « bulle » d'aides aux librairies pendant le COVID critiquée par le Sénat

Dans un rapport intitulé "Soutien de l'État au secteur du livre" présenté par  Claude Raynal, président de la commission des Finances, et Jean-Raymond Hugonet au sénat aujourd'hui, le soutien est  jugé « massif », « pas indispensable » et entraînant « une surrentabilité temporaire » des librairies.

Les données analysées dans ce  rapport montrent que le Centre national du livre (CNL) a doublé ses aides pendant la pandémie de COVID, passant d'environ 22 millions d'euros annuels à 43 millions d'euros d'aides exceptionnelles distribués sur trois ans. Cette mobilisation s'est déployée en trois phases : un plan d'urgence dès le printemps 2020, un plan de soutien jusqu'en 2021, puis un plan de relance en 2021-2022. Les librairies ont été les principales bénéficiaires de ce dispositif. Le fonds d'aide exceptionnelle de 25 millions d'euros a concerné 1 904 établissements, tandis que le fonds de modernisation de 13,3 millions d'euros a accompagné leur transformation numérique et leurs investissements. Résultat : 42 % des librairies ont perçu au moins une aide en 2020, contre 7 à 9 % en période normale.

À l'inverse, les éditeurs ont été moins soutenus, avec seulement 9 % d'entre eux bénéficiant d'aides spécifiques en 2020, soit deux à trois points de plus qu'habituellement. Et l'analyse marque une asymétrie : là où les librairies ont subi des pertes importantes, les éditeurs ont mieux résisté, bénéficiant parfois même d'un report de consommation vers le livre. L'impact économique de ces aides publiques s'avère spectaculaire mais éphémère. Le rapport identifie une « surrentabilité temporaire des librairies » imputable aux dispositifs d'urgence, mais pas seulement. Le parlementaire l'explique également par la conjonction de plusieurs facteurs : en plus des aides spécifiques au secteur, les dispositifs généraux (chômage partiel, fonds de solidarité, PGE), et surtout une hausse conjoncturelle des achats de livres pendant les confinements ont permis d’accroître les revenus des librairies, sur une courte durée. Dès 2022 en effet, « le secteur de la librairie est redevenu moins dynamique que l'ensemble des commerces de détail », note le rapport, signant la fin brutale de cette « bulle » liée notamment aux aides exceptionnelles.

Les acteurs de la filière reconnaissent l'efficacité du soutien : « sans ces aides, de très nombreuses librairies auraient été contraintes à la fermeture », selon le Syndicat de la librairie française (SLF) cité dans le rapport. Le mécanisme d'aide exceptionnelle aux librairies est salué pour son caractère « massif » et son « mécanisme simple d'utilisation ».

Trois ans après, la normalisation reste incomplète. Si les dispositifs d'urgence se sont éteints en 2023, le niveau global des aides CNL demeure supérieur de 3 millions d'euros à celui d'avant-crise. Certains dispositifs temporaires ont été pérennisés, comme « Jeunes en librairies », désormais budgétisé à 2 millions d'euros annuels.

Une préoccupation émerge : le remboursement des prêts garantis par l'État. Alors que les ventes de livres ralentissent, les professionnels s'inquiètent des échéances de remboursement des PGE. Le ministère de la Culture étudie la possibilité de remobiliser un dispositif d'avances remboursables via l'IFCIC (Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles) pour étaler ces remboursements.

Au-delà de l'épisode Covid, le rapport met en lumière les défis structurels de la filière. Avec un taux de marge des librairies limité à 2 % selon le CNL, et un poids salarial représentant 62 % de la valeur ajoutée (contre 55 % pour le commerce de détail), les marges de manœuvre restent étroites.

Source : Livres Hebdo

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1 juillet 2025

Légère croissance pour le marché belge du livre tiré par l’effet Boxho

Le marché du livre en Belgique francophone a connu une légère progression de son chiffre d’affaires total l’an dernier. Celui-ci a atteint 268,2 millions d’euros, soit une hausse de 1,3%. Le marché se redresse donc légèrement après deux années de baisse (-5% en 2022 et -0,3% en 2023). C’est ce qui ressort des chiffres publiés par l’Adeb (Association des éditeurs belges) et le Pilen (plateforme associative chargée d'accompagner les professionnels du livre en FWB) ce mardi matin. Cette croissance est avant tout due au bond de la littérature générale, qui croît de 12,2% en valeur grâce à l’effet combiné d’une hausse du nombre d’exemplaires vendus et d’une hausse des prix de vente, indique l’Adeb.

Comme en France, le grand format en fiction et la new romance (en français et en anglais) tirent le segment. À cela s’ajoute l’incroyable succès des ouvrages du médecin légiste Philippe Boxho, dont les trois premiers ouvrages, publiés par Kennes Éditions, se sont vendus à un million d’exemplaires entre 2022 et 2024, tous marchés confondus. L’édition scolaire (+4,3%) et les sciences humaines et techniques (+2%), deux spécialités belges, complètent le tiercé en croissance. En revanche, la BD recule de 6% en raison de l’absence de grosses sorties (2023 avait été marquée par un nouvel Astérix et le retour de Gaston Lagaffe) et du recul des mangas, qui se cherchent de nouvelles séries. Le livre jeunesse recule, lui aussi, de près de 4%.

Par canaux de vente, les libraires dites de niveau 1 et 2 (librairies classiques et enseignes style Club) progressent de 4,1%, malgré les difficultés de certaines d’entre elles, comme Filigranes (reprise par l’entrepreneur Mehmet Sandurac) ou Cook & Book.  Les ventes par le canal des enseignes multimédia/internet (type Fnac) sont en progression de 1,6 %. En revanche, les ventes dans les grandes surfaces alimentaires chutent de plus de 6%. Précisons que ces chiffres n’incluent pas les ventes en ligne.

L’Adeb note, enfin, l’impact de plus en plus important du dernier trimestre, voire du dernier mois de l’année sur le secteur. Ce phénomène s’amplifie année après année: en décembre, ce sont les ultimes jours qui font la tendance.

Source : L'Echo

1 juillet 2025

Webtoon dans les TGV

Webtoon, la plateforme mondiale de webcomics, propose dès le 1er juillet 2025 une sélection de ses séries à bord des trains TGV Inoui et Ouigo via les portails de divertissement embarqués développés par un fournisseur de solutions numériques dans les transports Moment.Ce partenariat permet aux voyageurs d’accéder gratuitement à une quinzaine de titres, dans un format adapté à la lecture horizontale. Les genres proposés vont de la romance à la fantasy, en passant par la comédie et l’action.  Plusieurs séries d’auteurs français sont mises en avant dans cette offre, dont Lillow Fast Kitchen de Luana Vergari et Massimo Semerano, Blood in Love de Salen Février et Capitaine Zorgue d'Issa Boun.

Fondée en Corée du Sud, Webtoon revendique 150 millions d’utilisateurs actifs mensuels et collabore avec de nombreux acteurs du divertissement (Netflix, DC Comics, Hybe). 

Moment, partenaire technique de l’opération, équipe depuis 2013 les compagnies de transport en solutions numériques à bord.

Source : Livres Hebdo

30 juin 2025

Les manuscrits de Jean d'Ormesson et de Michel Tournier donnés à la Bibliothèque nationale de France

La Bibliothèque nationale de France (BnF) a annoncé avoir reçu les manuscrits de deux écrivains à forte popularité, Jean d'Ormesson et Michel Tournier, qui suivent une tradition inaugurée par Victor Hugo. Le don le plus volumineux est celui, annoncé lundi 30 juin, de l'ensemble des archives de Jean d'Ormesson (1925-2017) par sa famille, à l'occasion du centenaire du romancier ce mois-ci. Il comprend les manuscrits de ses ouvrages et "une correspondance reçue sur plusieurs décennies, qui inscrit pleinement l'homme dans son époque et atteste de son importance au sein des réseaux intellectuels et littéraires", a précisé la BnF dans un communiqué.

"On y trouve notamment un dossier important sur l'élection de Marguerite Yourcenar à l'Académie française", mais aussi des documents très divers, y compris des factures d'hôtel ou des billets de train, qui "permettent de suivre Jean d'Ormesson quasiment au jour le jour", selon la Bibliothèque. L'auteur de La Gloire de l'Empire, Grand Prix du roman de l'Académie française en 1971, est décédé en 2017.
Le don des manuscrits de Michel Tournier (1924-2016) a été annoncé jeudi 26 juin. L'écrivain n'ayant pas de descendance, la décision est celle de ses ayants droit, Laurent et Marie-Claude Féliculis. Dans le lot, les manuscrits des deux romans qui ont assuré la postérité de l'écrivain, Le Roi des Aulnes (prix Goncourt 1970) et Vendredi ou les limbes du Pacifique (Grand Prix du roman de l'Académie française 1967), sont "annotés, raturés, illustrés de croquis inédits", a rapporté la BnF.

L'institution cherche à convaincre de plus en plus d'écrivains vivants de léguer leurs archives à son département des manuscrits. C'est la décision qu'ont prise, par exemple, Annie Ernaux, prix Nobel de littérature 2022, ou Pascal Quignard, prix Goncourt 2002. Victor Hugo l'avait fait inscrire dans son testament rédigé en 1881.

Source : France Info Culture

30 juin 2025

Nouvelles obligations à mettre en place par les éditeurs pour rendre le livre numérique accessible

Depuis le 28 juin 2025, les éditeurs sont légalement tenus de produire des livres numériques conformes aux nouvelles exigences d’accessibilité issues de la directive européenne 2019/882. Désormais, tous les nouveaux livres numériques doivent intégrer nativement les fonctionnalités suivantes :

– Navigation structurée. Elle permet la consultation fluide de la table des matières, le passage direct de chapitre en chapitre, et une structure logique du contenu.
– Lecture à voix haute. Les ebooks sont compatibles avec des outils de synthèse vocale pour une lecture audio du texte.
– Personnalisation visuelle. Chaque livre propose un ajustement de la police, de la taille des caractères, des espacements entre lettres, mots et lignes pour répondre aux besoins spécifiques, notamment des publics « dys » ou malvoyants.
– Descriptions d’images. Cela signifie un ajout d’alternatives textuelles aux visuels qui transmettent une information essentielle.
– Compatibilité avec les technologies d’assistance.  Les livres ne doivent pas être bloqués par des mesures techniques de protection (DRM) empêchant l’utilisation d’outils comme les lecteurs d’écran.
– Transparence. Il faut intégrer dans les métadonnées des livres des fonctionnalités d’accessibilité présentes, pour une identification immédiate par les utilisateurs.
D’ici 2030 : les fonds de livres existants devront progressivement être mis en accessibilité. Cette démarche suivra un calendrier à définir et des moyens adaptés.
Tous les maillons de la chaîne du livre sont concernés : éditeurs, distributeurs, concepteurs de logiciels de lecture, plateformes de vente, mais aussi constructeurs de liseuses.
L’Arcom assurera le contrôle du respect de ces obligations.

D’ici cinq ans, l’ambition est de constituer une offre éditoriale numérique riche, accessible à tous. Elle sera cohérente avec les valeurs d’inclusion et de diversité.
En investissant aujourd’hui dans une accessibilité native, les éditeurs construisent non seulement une culture plus ouverte, mais aussi une relation plus durable avec leurs lecteurs.

Source :  Idboox

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29 juin 2025

Réactions de la mairie de Toulouse aux actes de vandalisme à caractère raciste dans les bibliothèques

«La Mairie de Toulouse condamne fermement les actes d’incivilité et de vandalisme, dont le caractère raciste ne fait aucun doute, constatés au sein de la médiathèque et des bibliothèques municipales », dénonce la Ville dans un communiqué.

Parmi ces actes, ont été signalés « des dépôts d’excréments, des inscriptions et dégradations xénophobes visant des ouvrages religieux, ainsi que des agressions verbales et, plus gravement, parfois physiques envers les agents municipaux. »
Face à ces agissements, la Mairie de Toulouse annonce qu’un « dépôt de plainte systématique«  sera déposé à chaque nouvelle détérioration. De plus, la sécurité des personnes et des lieux, et des équipements sera renforcée.

« Le dispositif de vidéoprotection a été significativement renforcé dans, et aux abords de la médiathèque Cabanis », ajoute la Mairie. Une coopération avec les forces de l’ordre et les services de sécurité municipaux est engagée afin d’assurer une réponse rapide à ces actes de vandalisme.

Source : Info Occitanie

28 juin 2025

Autorisation par la Cour suprême de l’interdiction de livres d’histoires 2ELGBTQI+

La Cour suprême a statué vendredi que les parents du Maryland ayant des objections religieuses peuvent retirer leurs enfants des cours d’école publique utilisant des livres d’histoires 2ELGBTQI+. Les juges ont infirmé les décisions des tribunaux inférieurs en faveur du système scolaire du comté de Montgomery, dans la banlieue de Washington. La Cour suprême a statué que les écoles ne pouvaient probablement pas obliger les enfants du primaire à suivre des cours utilisant ces livres si les parents exprimaient des objections religieuses à leur contenu. Cette décision n’était pas définitive dans cette affaire, mais les juges ont fortement suggéré que les parents obtiendraient gain de cause. La Cour a statué que les politiques comme celle en cause dans cette affaire sont soumises au contrôle le plus strict, ce qui les condamne presque toujours. Le district scolaire a introduit les livres d’histoires, notamment «Le Prince et le chevalier» et «Uncle Bobby’s Wedding», en 2022 afin de mieux refléter la diversité du district. Dans «Uncle Bobby’s Wedding», une nièce craint que son oncle n’ait plus autant de temps à lui consacrer après le mariage de celui-ci avec un autre homme. Ces dernières années, les juges ont souvent donné raison à des plaignants arguant de discrimination religieuse. Cette cause s’inscrit parmi plusieurs autres relatives aux droits religieux portées devant la Cour ce trimestre. Cette décision intervient également dans un contexte d’augmentation du nombre de livres interdits dans les écoles et les bibliothèques publiques.

Nombre de ces interdictions ont été organisées par «Moms for Liberty» et d’autres organisations conservatrices qui militent pour une plus grande participation des parents au choix des livres mis à disposition des élèves. Peu après l’arrivée au pouvoir du président républicain Donald Trump en janvier, le ministère de l’Éducation a qualifié ces interdictions de «canular» et a rejeté 11 plaintes déposées sous le prédécesseur de Donald Trump, le président démocrate Joe Biden.

L’association d’écrivains Pen America a déclaré dans un document déposé au tribunal dans l’affaire du Maryland que les parents contestataires souhaitaient «une interdiction de livres constitutionnellement suspecte sous un autre nom». Pen America a signalé que plus de 10 000 livres avaient été interdits au cours de la dernière année scolaire.

Les parents avaient initialement été autorisés à retirer leurs enfants des cours pour des raisons religieuses ou autres, mais le conseil scolaire a fait marche arrière un an plus tard, ce qui a déclenché des protestations et finalement un procès. Lors des plaidoiries d’avril, un avocat du district scolaire a indiqué aux juges que les désinscriptions étaient devenues perturbatrices. L’éducation sexuelle est le seul domaine d’enseignement dans les écoles de Montgomery dont les élèves peuvent être dispensés, a souligné l’avocat Alan Schoenfeld.

Trois juges des neuf juges de la Cour suprême demeurent dans le comté, bien qu’ils n’aient pas scolarisé leurs enfants dans des écoles publiques.

Source : L’actualité

27 juin 2025

L’écrivain japonais Akira Mizubayashi couronné par l’Académie française

L'Académie française a couronné jeudi l'œuvre en français du romancier japonais Akira Mizubayashi en lui décernant le Grand Prix de la francophonie. Cet écrivain de 73 ans, qui parle et écrit un français impeccable alors qu'il vit et enseigne à Tokyo, a publié son premier livre en France en 2011, chez Gallimard, à qui il est fidèle depuis. Il fera partie des romanciers de la rentrée littéraire avec La Forêt de flammes et d'ombres, une fiction sur la fin de la Seconde Guerre mondiale au Japon et la musique, deux de ses thèmes favoris.

L'Académie française a décerné au total 71 distinctions jeudi. Sa Grande Médaille de la francophonie est allée à l'historienne américaine Alice Kaplan et son Grand Prix de littérature à Michel Bernard, pour l'ensemble de son œuvre. Le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises consacre les universitaires Leïla Ben Hamad et Emanuele Cutinelli Rendina, l'écrivain britannique William Boyd, la traductrice franco-américaine Patricia Reznikov et l'historien allemand de l'art Hendrik Ziegler. Le journaliste Philippe Labro, décédé le 4 juin, reçoit à titre posthume le prix Louis Barthou pour son roman Deux Gimlets sur la 5e avenue.

Source : Le Figaro

26 juin 2025

McDonald's, un des plus gros distributeurs de livres en France

Voilà 10 ans que McDonald's propose aux enfants de choisir entre un livre ou un jouet à recevoir en cadeau dans leur menu. Et ils sont de plus en plus nombreux à choisir les livres.

"En 2015, seulement 9 % des commandes de Happy Meal comportaient le livre", écrit l'enseigne américaine dans un communiqué. "En 2024, 33 % des familles sélectionnent le livre au moment de la composition du menu", se réjouit-elle.

L'année dernière, ce sont ainsi pas moins de 25 millions de livres qui ont été offerts aux petits Français en échange d'un burger.  McDonald's devient ainsi l'un des plus gros distributeurs de livres en France. Selon les chiffres du Syndicat national de l'édition, en 2023, les grands groupes (Amazon, Fnac, Cultura, Leclerc…) ont vendu au total 80 millions de livres jeunesse. Ce succès reçoit des avis partagés. Si, pour certains parents, c'est une bonne façon de faire découvrir la lecture aux plus petits, pour les professionnels, la nouvelle n'est pas réjouissante : ils préféreraient que les parents poussent la porte d'une librairie plutôt que celle d'un restaurant rapide.

Source  : TF1 Info

26 juin 2025

Léger repli en 2024 pour le marché de l’édition en France

L'industrie française de l'édition affiche en 2024 des résultats en léger retrait, avec un chiffre d'affaires des éditeurs qui s'établit à 2,902 milliards d'euros contre 2,945 milliards en 2023, soit une baisse de 1,5 %, selon les chiffres consolidés du Syndicat national de l'édition (SNE) publiés ce jeudi 26 juin (la synthèse est disponible en document partagé à gauche de l'article). Cette contraction reste néanmoins modérée si l'on considère le contexte économique général et les défis auxquels fait face le secteur.
Plus préoccupante apparaît la diminution du volume des ventes, avec 426 millions d'exemplaires écoulés en 2024 contre 439,7 millions l'année précédente (-3,1 %). Cette différence entre la baisse en valeur et en volume traduit la capacité du secteur à maintenir ses prix dans un environnement inflationniste, l'Insee enregistrant une hausse de 1,4 % du prix des livres en 2024. Replacés dans une perspective plus large, ces chiffres révèlent la solidité du marché français du livre. Comparé à 2019, année de référence pré-pandémique, le secteur affiche une croissance de 3,4 % en valeur, malgré un recul de 2,1 % en volume. En 2024, le poids en charge des droits d’auteur a très légèrement augmenté de 0,1 % à 521,6 millions d'euros, qui ont représenté en moyenne, selon le calcul du SNE, 11 % du prix public hors taxes (ppht) contre 10,7 % en 2023. L'analyse sectorielle révèle des dynamiques contrastées. La littérature se distingue comme le seul segment en croissance avec une progression de 5,7 %, portée par le dynamisme de la romance et le succès des nouveautés en romans policiers. Ce secteur, qui représente 24 % du marché total, bénéficie également de la bonne santé du format poche.
Avec 425,4 millions d'euros de chiffre d'affaires et 111,8 millions d'exemplaires vendus, le format poche conserve son poids dans l'économie du livre (15,4 % en valeur, 26,2 % en volume). La littérature générale domine ce segment avec 251,7 millions d'euros, soit près de 60 % du marché poche. Hors manga, le format poche progresse même de 1 % en valeur, confirmant son rôle d'amortisseur dans un marché en contraction.

Car tous les autres segments accusent des baisses significatives. Les bandes dessinées, comics et mangas subissent la plus forte contraction (-10,1 %), suivis par les sciences et techniques (-9,6 %) et les ouvrages de documentation (-7 %). Dans ce contexte, les éditeurs français ont poursuivi leur politique de rationalisation de la production. Le nombre de nouveautés a diminué de 1,6 % pour s'établir à 36 232 titres, soit un niveau inférieur même à celui de 2020, année de crise sanitaire. Sur cinq ans, cette production a chuté de 18,9 %. Cette stratégie s'accompagne d'une réduction des tirages moyens, qui passent de 7 034 à 6 855 exemplaires pour les nouveautés (-2,6 %). Parallèlement, les réimpressions progressent de 2,8 % avec 69 452 titres, portées par les techniques d'impression à court tirage et une meilleure gestion des stocks.
Le marché de l'édition numérique peine à trouver son rythme de croisière, enregistrant une baisse de 1,6 % avec 278,6 millions d'euros de chiffre d'affaires. Cette contraction masque toutefois des évolutions sectorielles divergentes : la littérature numérique progresse de 8,5 %, tirée par la romance et la science-fiction, tandis que le grand public hors littérature chute de 17,1 %. Le segment professionnel et universitaire demeure prépondérant avec 67,2 % du marché numérique total, grâce notamment aux bases de données juridiques et médicales. Le nombre total de contrats de cessions de droits et coéditions s'établit à 14 265 en 2024, en recul de 2,6 % par rapport à 2023. Cette baisse globale masque des dynamiques opposées : si les cessions de droits reculent de 4 %, les coéditions progressent de 6,1 %, témoignant d'une adaptation des modèles économiques. La Chine, longtemps premier partenaire de la France à l'international, confirme son décrochage avec une chute de 33 % du nombre de contrats depuis l'avant-crise sanitaire. À l'inverse, l'espagnol s'impose maintenant comme première langue de traduction avec 1 603 contrats, devançant l'italien, le chinois, l'allemand et l'anglais. La bande dessinée conserve sa position de leader à l'export avec 3 689 cessions (30,1 % du total), suivie par la jeunesse (2 619 titres, 23,8 %) et la fiction (2 026 titres). Ces trois catégories représentent près de 70 % des titres cédés.
Les exportations de livres français affichent un léger recul de 1,2 % à 694,2 millions d'euros en 2024, après avoir franchi le seuil des 700 millions en 2023. Cette quasi-stagnation masque une réelle reprise sur le long terme (+ 4,1 % par rapport à 2019) et maintient la part de l'export à 19 % du chiffre d'affaires global de l'édition française. La géographie des échanges révèle cependant des tendances structurelles mouvantes. Si la francophonie du Nord conserve 64 % des exportations (Belgique, Suisse, Luxembourg et Canada représentant 53,9 % du marché global), la francophonie du Sud accuse un net repli de 10,4 %. L'effondrement du marché algérien (-75 % depuis 2014) symbolise les difficultés rencontrées sur ces marchés autrefois dynamiques. L'Afrique francophone subsaharienne (-8,6 %) et l'Amérique latine (-21 %) confirment leur volatilité, tandis que les marchés européens peinent toujours à retrouver leurs niveaux pré-2020, avec une baisse moyenne de 10 % sur la période 2015-2020.
Le marché français des traductions connaît une dynamique inverse avec 13 262 titres traduits en 2024 (+ 9,2 % par rapport à 2023), représentant 18,8 % de la production totale. L'anglais maintient sa domination avec 58 % des titres traduits (7 703 titres), tandis que le japonais confirme sa progression à 19,5 % (2 581 titres), principalement porté par le succès continu des mangas. Six langues représentant 90,5 % des traductions. L'émergence de l'intelligence artificielle et ses impacts sur la traduction, le développement des droits audio en langues étrangères, et la nécessité d'explorer de nouveaux marchés (Chine, Inde, pays européens hors UE) constituent autant d'enjeux pour 2025. Malgré un appel à données les années précédentes, le SNE n’intègre toujours pas de données sur le marché du livre audio en France, que le géant Spotify semble avoir bouleversé après son entrée surprise en novembre 2024. Un secteur promis à une belle croissance salutaire. Dans cette conjoncture difficile qui accompagne la baisse de la lecture en France telle que constatée par la dernière étude du CNL présentée en avril dernier, le principal représentant des éditeurs lance cette année des initiatives pour retourner la dynamique économique, avec notamment une campagne nationale d’affichage et la sensibilisation des pouvoirs publics à certains enjeux de la filière, tels que l’explosion du marché de l’occasion ou l’émergence des LLM (large language model).

Source  : Livres Hebdo

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