Flammarion en soutien aux auteurs du livre La Meute. "Nous tenons à exprimer notre plein et entier soutien face aux attaques personnelles dont sont victimes les journalistes Charlotte Belaïch (Libération) et Olivier Pérou (Le Monde), notamment sur les réseaux sociaux", a écrit la maison d'édition dans un communiqué publié vendredi 23 mai. Cet ouvrage d'enquête politique décrit sévèrement le fonctionnement interne de La France insoumise.
"Les attaques ad hominem à l'encontre de Charlotte Belaïch et Olivier Pérou sont inacceptables (...) Les journalistes et auteurs doivent pouvoir exercer leur métier sans crainte de menaces, d'intimidation ou de représailles", poursuit la maison d'édition.
Jean-Luc Mélenchon, lors d'une réunion publique à Aubenas le 13 mai, s'en était pris aux auteurs, qualifiés de "gens dégénérés" qui auraient "relu et réinventé" la vie privée des dirigeants de son parti. Les responsables politiques de La France insoumise avaient critiqué l'ouvrage lors de sa parution.
Un manuscrit longtemps perdu dans des archives judiciaires a été retrouvé et remis jeudi 22 mai à Sylvie Giono, la fille de l'écrivain Jean Giono, par la ministre de la Culture Rachida Dati. Sylvie Giono, âgée de 90 ans, a reçu ce document lors d'une cérémonie au ministère de la Culture à Paris. Il s'agit d'un cahier d'écolier portant la mention "Annexe au journal", et il est en excellent état de conservation. Ce manuscrit retrace un voyage à pied que Jean Giono a effectué en juillet 1939 dans la région de Nyons (Drôme), une zone qu'il ne connaissait pas bien et qu'il avait choisie pour le cadre de son roman Les Grands chemins, publié en 1951.
"Quand j'ai dit que j'allais demander à récupérer ce manuscrit, des gens m'ont mise en garde, pensant que ce serait très compliqué. Mais non, cela s'est fait simplement. On ne m'a même pas demandé si j'étais vraiment la fille de Giono !", a déclaré Sylvie Giono à l'AFP.
Ce carnet de voyage avait été caché dans les archives de la "section spéciale de la cour d'appel de Paris", une juridiction exceptionnelle créée en 1941 pour poursuivre les opposants sous l'Occupation, en particulier les militants du Parti communiste, alors interdit. Jean Giono, soupçonné d'être membre d'un groupe communiste en Savoie, qu'il ne connaissait pas, avait transmis ce journal à ses juges pour prouver qu'à l'été 1939, il n'était pas impliqué dans des activités politiques.
Le manuscrit a été redécouvert en 2023 par un jeune chercheur de 23 ans, Antoine Crovella. Après avoir d'abord pensé que ce texte était déjà connu, il s'est rendu compte qu'il était en réalité considéré comme perdu. Ce carnet a été publié en octobre sous le titre Voyage à pied dans la Haute-Drôme.
"Des documents voués à être restitués à l'issue d'une procédure judiciaire"
"Les archives judiciaires suivent parfois des chemins hasardeux, puisque le manuscrit est passé de main en main, de juridiction en juridiction", a expliqué Rachida Dati lors de la cérémonie. "En quelques mois, avec les services juridiques compétents, nous avons pu confirmer que ce manuscrit relevait bien de la catégorie des documents voués à être restitués à l'issue d'une procédure judiciaire", s'est-elle félicitée.
Jean Giono, qui avait entretenu des liens avec le Parti communiste avant de se distancer en 1936, était un fervent pacifiste, et il désapprouvait le soutien militaire aux Républicains pendant la guerre civile espagnole, en raison de son expérience traumatique de la Première Guerre mondiale.
A première vue, c’est une sympathique liste de recommandations de livres qui sent bon l’iode et le sable chaud, comme il en existe tant à l’aube de l’été. Mais vu de plus près, le « Heat Index » (indice de chaleur) publié par le « Chicago Sun-Times » le 18 mai fait frôler l’insolation et l’hydrocution. Car cet article, dicté par ChatGPT ou autre programme d’IA générative, a halluciné des romans qui n’existent tout simplement pas, prêtés à des auteurs existants. Point de « Nightshade Market » de Min Jin Lee recensé dans nos tablettes, ni de « Boiling Point » de Rebecca Makkai ou de « The Rainmakers » de Percival Everett. Au bout de dix occurrences, cinq « vrais » livres : « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan, « Beautiful Ruins » de Jess Walter, « Dandelion Wine » (« le Vin de l’été », en français) de Ray Bradbury, « Call Me by Your Name » (« Plus tard ou jamais ») d’André Aciman et « Atonement » (« Expiation ») de Ian McEwan.
Pour le reste, soit les informations ont été mélangées, comme « la Saison des ouragans » de Fernanda Melchor, ici attribué à Brit Bennett, deux autrices dont nous avons vanté les plumes et qui méritent mieux. Soit la machine a carrément inventé des pitchs. Le plus troublant est « The Last Algorithm » (le dernier algorithme) qu’aurait signé Andy Weir, célèbre auteur de science-fiction qui a publié (pour de vrai) le best-seller « Seul sur Mars », adapté au cinéma par Ridley Scott. La promesse du fictif « The Last Algorithm » : « Un programmeur découvre qu’une IA a développé une conscience − et s’en sert secrètement depuis des années pour influencer les événements. » L’intelligence artificielle essaie-t-elle de nous prévenir du cauchemar à venir ?
La fausse liste de lectures d’été est parue deux mois après que le « Chicago Sun-Times », en proie à des difficultés financières, a annoncé une perte de 20 % de ses effectifs après un rachat. Le journal tente de faire amende honorable. Dans un communiqué, la PDG de Chicago Public Media explique : « Cela devrait être un moment d’apprentissage pour toutes les organisations journalistiques : notre travail est valorisé – et précieux – en raison de l’humanité qui le sous-tend. » Le groupe assure travailler pour qu’une telle bourde ne se reproduise jamais, en redéfinissant ses contrats avec des entreprises tierces par exemple.
Cette affaire dystopique en dit long sur la presse et son si fragile équilibre économique. Dans des rédactions vidées par l’avènement d’internet, la chute des revenus publicitaires et le manque d’intérêt général pour le secteur, difficile de trouver encore quelqu’un en mesure d’exercer son métier. Constamment au bord de nouveaux licenciements et menacés de coupes budgétaires, certains journaux survivent comme ils peuvent, à coups de pigistes payés au lance-pierre et d’intelligence artificielle. Dans ce contexte, il n’est pas toujours aisé de maintenir le contrat de confiance avec les lecteurs, qui, après avoir passé une journée au bureau devant des mails écrits par ChatGPT, sont en droit de vouloir lire un journal écrit par un être humain.
Il y a moins d’argent dans la presse, c’est un fait. Nous pouvons essayer d’y sauvegarder quelque chose de gratuit : la décence. Publier une telle liste, en plus de barrer l’accès à une information de qualité aux lecteurs, c’est aussi nier le travail des écrivains, même pas assez respectés pour qu’on cite correctement leurs livres. C’est nier le travail des journalistes littéraires, qui, pour ceux qui subsistent, s’échinent toute l’année à défricher, analyser, critiquer la production éditoriale. Et qui peuvent, le temps venu, dégainer une liste de recommandations sans dommages : cette matière, ils l’étudient toute l’année. Utiliser l’IA, c’est revenir à affirmer que leur travail, tout intellectuel et difficilement quantifiable soit-il, n’a aucune valeur.
Comment fonctionne l’IA générative ? Elle mouline tous les textes existants, calculant quel mot a le plus de probabilités d’apparaître après un autre mot. Elle est, en somme, le cancre qui copie, n’importe comment, sur son voisin. Je pompe donc je suis, comme elle pourrait l’emprunter, ou plutôt le voler, aux Shadoks. Le résultat est parfois éblouissant, parce qu’il s’appuie sur ce que des milliers d’êtres humains ont pensé d’éblouissant. Si la presse, exsangue, n’est plus en capacité de nourrir la bête, ne risque-t-elle pas de tourner à vide ? Peu de livres trouvent aujourd’hui une place dans l’espace médiatique, alors imaginez avec un système qui reprend en boucle ce dont on a parlé ailleurs. Deux péchés graves de l’IA : elle empêche notre connexion entre êtres humains et elle nous fait perdre notre temps. Qu’il s’agisse de corriger une liste inepte ou de chercher un bon bouquin.
Deux groupes d'édition rivaux dans la bande dessinée, Média-Participations et Glénat, ont annoncé mardi un rapprochement dans le numérique, via une plateforme de manga et webtoon, les BD japonaises et coréennes. Glénat, qui se présente comme "pionnier et leader en France sur le manga", et Média-Participations, maison mère entre autres de Dargaud, Dupuis, Le Lombard et Kana, ont pour point commun un actionnariat familial. Le rapprochement entre les deux groupes prend la forme de l'entrée, à hauteur de 33,3%, de Glénat au capital d'ONO, plateforme lancée début 2023 par Média-Participations. ONO va ainsi offrir le catalogue de Glénat, dont l'une des séries phares du manga dans le monde, One Piece d'Eiichiro Oda.
"Deux ans après le lancement d'ONO, face à la forte concurrence de nouvelles plateformes internationales et des offres pirates, notre conviction et nos ambitions se renforcent: les acteurs européens doivent préempter ce marché", a affirmé le directeur général de Média-Participations, Julien Papelier, cité dans un communiqué.
Le manga et le webtoon ont connu une croissance effrénée en France au début des années 2020, avant de marquer le pas voire de reculer depuis 2023. Selon le cabinet GfK (groupe NielsenIQ), le chiffre d'affaires du manga a baissé de 13% en 2023, puis de 4% en 2024.
Pour Glénat et Médias-Participations, l'enjeu est aussi d'anticiper une désaffection prévisible pour le format papier. Le numérique "représente désormais 70% des ventes de manga au Japon", ont-ils relevé, alors qu'il reste encore très minoritaire en France.
En décembre dernier, Christophe Desbonnet, président du groupe Nosoli, rassurait ses équipes. Dans le cadre d’un vaste plan de sauvegarde à l’emploi (PSE), et à la suite de négociations fructueuses, les Furet du Nord de Roubaix et de Villeneuve d’Ascq échapperaient finalement à la fermeture (pour en savoir plus, lire l’article suivant). Une issue favorable qui n’aura en revanche pas profité au magasin de Beauvais, dans l’Oise.
En raison d'un équilibre économique fragile, et après des pourparlers non concluants, le magasin devra baisser le rideau en juillet prochain, ce qui entraîne le licenciement de ses huit salariés, a indiqué le président du groupe dans un communiqué.
« Il nous était impossible d’envisager la poursuite de l’activité du magasin »
« Le Furet du Nord est présent en centre-ville de Beauvais, au sein du centre commercial Jeu de Paume depuis près de 10 ans. Acteur majeur du centre commercial, notre équipe s’est investie tout au long de ces années afin de maintenir ce lieu de culture en cœur de ville. L’équilibre économique du magasin a toujours été fragile, mais nous avons, tout au long de ces années, maintenu l’activité, convaincus qu’il était essentiel, qu’il participait à la richesse et la diversité du lieu », a notamment écrit Christophe Desbonnet.
Créé en 2015, le magasin a néanmoins vu l’échéance de son bail arriver à terme. « Notre bail se terminant à l’été 2024, nous avons entamé des négociations auprès de notre bailleur, la FIB, propriétaire du CC Jeu de Paume. La situation de cette dernière, à l’époque, nous a amenés à signer une prolongation de bail d’une année. Nos négociations ont repris en fin 2024 pour aboutir à une proposition début 2025, proposition sur laquelle la FIB est revenue début avril en la durcissant de telle manière qu’il nous était impossible d’envisager la poursuite de l’activité et ne nous laissait pas le temps d’envisager de solution de repli », a déploré le président de Nosoli.
Contacté par Livres Hebdo,ce dernier a détaillé : « Nous ne nous attendions pas à cette fermeture qui n’a rien à voir avec le PSE ou notre plan de transformation. À l’origine, le bail avec la FIB s’étendait jusqu’en juillet 2024. Or, puisque celle-ci était alors en redressement judiciaire, nous avions convenu d’un bail éphémère d’un an, afin de pouvoir mener des négociations. En dépit de nos multiples relances, il n’y en a pas eu. Jusqu’en novembre, où la proposition qui nous a été faite n’était pas acceptable en l’état, mais discutable. Or, nos échanges n’ont pas repris avant avril, où les conditions avancées, cette fois non négociables, nous ont contraints à fermer un magasin qui était pourtant à l’équilibre ». Concernant les huit collaborateurs mis sur la sellette, Christophe Desbonnet a confié que le groupe travaillait à un « reclassement au sein d’autres magasins ».
Paul Murray, avec The Day of the Bee, est le lauréat du prix européen Strega 2025. La reconnaissance revient également au traducteur Tommaso Pincio – Les détails
Le Prix européen Strega 2025 est décerné à Paul Murray , avec Le Jour de l'abeille (Einaudi Stile Libero) . Le prix, qui en est à sa 12e édition, a été décerné au Circolo dei lettori , dans le cadre du Salone del Libro qui se déroule actuellement à Turin.
L'écrivain Tommaso Pincio , traducteur du livre lauréat, a également été récompensé , « comme un signe tangible de l'importance que revêtent les traductions comme outil de dialogue culturel ».
Aux côtés de Murray (qui a publié en 2010 Skippy muore aux éditions Isbn ), sont également en compétition cette année à la Strega Europeo La découverte de la Hollande (Iperborea, traduit par Claudia Cozzi) de Jan Brokken , Théodore (Il Saggiatore, traduit par Bruno Mazzoni) de Mircea Cărtărescu , La moitié de la vie (Gramma, traduit par Daria Biagi) de Terézia Mora et La dernière sirène (Neri Pozza, traduit par Nicola Rainò) d' Iida Turpeinen .
À l’occasion des 20 ans de La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, nous proposons trois rendez-vous uniques mêlant lecture polyphonique, création musicale live, performance scénique et participation du public, dans l’esprit collectif et indocile de La Volte. Ce marathon sera porté par un noyau de 4 comédiennes et comédiens, accompagnés d’un musicien live, pour une lecture chorale de 6 heures : un tissage de voix alternant intensité dramatique, souffle poétique et moments d’improvisation.
En fin de soirée, une scène ouverte permettra au public – lectrices, lecteurs, autrices, auteurs, musiciennes, musiciens – de prendre part à l’aventure, dans une ambiance libre, bienveillante et expérimentale. Le bar du LMP sera ouvert et propose boissons et restauration. La maison d’édition La Volte, l'Émouvant Immobile et le Lavoir Moderne Parisien organisent cet événement hors normes autour de l’œuvre-culte La Horde du Contrevent. La fondation Stin ‘Akri s’associe à cette initiative.
Ce marathon se déroulera sur trois jours le vendredi 27 juin (de 18h à 24h), le samedi de 14h à 20h) et le dimanche de 11h à 17h.
De Marque, acteur mondialisé d’origine québécoise de solutions d'édition numérique, a lancé sa nouvelle application Cantook Access ce jeudi 15 mai, selon un communiqué. Cette solution professionnelle vise à résoudre l'une des problématiques les plus complexes de l'accessibilité numérique dans l'édition : la création efficace de textes alternatifs pour les images dans les fichiers epub. La production de livres numériques accessibles représente aujourd'hui un enjeu stratégique pour l'industrie éditoriale, notamment face aux réglementations et aux attentes du marché qui se renforcent. « L'accessibilité représente aujourd'hui un enjeu majeur pour l'édition, souligne Marc Boutet, président de De Marque. Et la description des images demeure l'une des étapes les plus complexes et coûteuses pour les éditeurs ».
En effet, l'ajout de textes alternatifs aux images – ces descriptions destinées aux lecteurs d'écran pour les personnes malvoyantes – constitue souvent un goulet d'étranglement dans les processus de production, nécessitant habituellement des compétences techniques spécifiques et un investissement en temps considérable. Cantook Access répond directement à cette problématique en proposant une interface intuitive centrée sur l'image, permettant aux équipes éditoriales de produire ces descriptifs sans expertise technique particulière. Fait notable, De Marque a opté pour un modèle économique sans abonnement pour cette solution, facilitant son adoption par des structures éditoriales de toutes tailles. Cette approche confirme la stratégie de l'entreprise québécoise d'éliminer les barrières à l'entrée pour les technologies favorisant l'accessibilité. L'application intègre des fonctionnalités d'intelligence artificielle permettant de générer automatiquement des suggestions de textes alternatifs en cinq langues (français, anglais, espagnol, italien et portugais). Ces suggestions peuvent ensuite être modifiées et validées par les éditeurs, combinant ainsi l'efficacité de l'IA avec la précision du jugement humain.
Audible propose aux éditeurs deux modes de production :
– Production complète par Audible : Tout le processus, de la transformation du texte à l’audio final, est pris en charge.
– Production en libre-service : Les éditeurs utilisent la technologie d’Audible pour produire eux-mêmes leurs livres audio.
Grâce à une sélection de plus de 100 voix générées par IA, les livres seront disponibles en plusieurs langues. Cela inclus l’anglais, l’espagnol, le français et l’italien avec différents accents.
Bientôt, Audible proposera une traduction automatisée pour élargir encore plus l’accès aux livres audio à un public mondial. Les éditeurs pourront choisir entre :
– Traduction texte-texte qui consiste à convertir un manuscrit pour ensuite sélectionner une narration humaine ou IA.
– Traduction parole-parole , pour préserver la voix et le style du narrateur original dans plusieurs langues.
Après une croissance inédite, le marché du livre jeunesse, pourtant troisième segment de l'édition en valeur, ralentit. Si le young adult, dopé par la bestsellerisation et le phénomène TikTok, tire le secteur vers le haut, d'autres segments commencent à manquer de souffle. En dépit d'une offre foisonnante, celui du middle-grade, ensemble des publications à destination des 8 à 12 ans, n'y échappe pas.
« C'est une catégorie qui a explosé il y a une quinzaine d'années et qui vit désormais des moments difficiles », confirme Laurence Bareyre, responsable éditoriale chez Michel Lafon Jeunesse. « On pourrait penser que le middle-grade est dynamique parce que les enfants de cet âge-là lisent beaucoup mais, en quatre ans, le segment a connu une baisse de 24 % tous formats confondus », déplore Céline Charvet, directrice éditoriale de Casterman Jeunesse.
Écrans partout, lecture nulle part ?
Et l'année 2024 n'aura pas été celle d'un soubresaut inespéré. D'après nos données GFK, le segment a encaissé une nouvelle perte de vitesse (-2,9 % en volume et -2,1 % en valeur), qui n'épargne ni les nouveautés (-9 % en valeur) ni le fonds récent (-14,5 % en valeur), suscitant l'inquiétude de l'ensemble des éditeurs. « Les enfants sont de plus en plus souvent et de plus en plus tôt sur les écrans », s'alarme Murielle Couëslan, directrice des éditions Rageot, rappelant que l'âge moyen d'acquisition du premier smartphone est de 11 ans
Outre cette redoutable surexposition médiatique, les professionnels du livre constatent aussi un décrochage de la lecture de plus en plus marqué. « Il y a toute une génération de lecteurs qui a vu son apprentissage de la lecture abîmé par la pandémie de Covid », tente d'expliquer Isabel Vitorino, directrice éditoriale d'Hachette Romans. Autant d'écueils que les éditeurs doivent apprendre à contourner, alors que la captation de ce jeune lectorat, éclaté par nature, constitue déjà un défi à part entière.
« Le middle-grade est un segment large, hétéroclite et foisonnant, mais au sein duquel existent de grandes disparités en termes de maturités et de capacités de lecture », décortique Karine Van Wormhoudt, directrice adjointe d'Albin Michel Jeunesse. Période de transition entre l'enfance et l'adolescence, le middle-grade débute à la fin de la primaire et accompagne l'entrée au collège. Il est donc un segment pivot que les éditeurs ont tout intérêt à creuser et à renouveler pour former les lecteurs de demain.
Éditeur d'Harry Potter, la saga middle-grade par excellence qui caracole en tête des ventes depuis plus de vingt ans, Gallimard Jeunesse l'a très bien compris. « Le middle-grade est au cœur du roman jeunesse et Folio Junior est l'épine dorsale de notre catalogue », relate son directeur éditorial, Thierry Laroche. Pour conserver son statut de leader, la maison peut d'ailleurs compter sur la durabilité du Royaume de -Kensuké de Michael Morpurgo (1999) ou des Royaumes de feu de Tui T. Sutherland. Des séries aussi indétrônables du top 20 des meilleures ventes du segment que le sont les intemporels Le petit prince et Vendredi ou la vie sauvage.
De la même façon, Bayard Jeunesse continue d'éprouver le succès des feuilletons patrimoniaux tels que La cabane à étages, dont un énième opus est attendu en juillet. À celui-ci s'ajoute la réussite de la novellisation du phénomène Mortelle Adèle, dont bénéficie aussi Rageot avec la série poche best--seller Les enfants de la résistance, dont un 9e tome est paru début septembre 2024. « La novellisation permet d'assurer une passerelle entre les univers, de continuer à capter le jeune lecteur et de l'inviter à explorer différents formats », détaille Maëlle Alan, responsable éditoriale chez Pocket Jeunesse, annonçant la déclinaison en 2026 de la série Elliot au collège de Théo Grosjean.
Encore aujourd'hui, le fonds ancien des maisons constitue l'essentiel des meilleures ventes du middle-grade. Un constat pas si réjouissant tant il en dit long sur la difficile pénétration des nouveautés sur le marché (seulement 20,9 % du segment en volume et 23,36 % du chiffre d'affaires contre plus de 50 % pour le fonds ancien).
« Contrairement au young adult, le middle-grade est une section pour laquelle on ne peut pas compter sur les réseaux sociaux comme relais promotionnels puisque les jeunes de cet âge-là ne sont pas censés y être », rappelle Manon Sautreau, responsable éditoriale chez Poulpe Fictions. « Le middle-grade n'est plus ce qu'il était », corrobore Marion Hameury, responsable fiction jeunesse aux éditions du Seuil, constatant que désormais des best-sellers historiques, tels que -Journal d'un dégonflé de Jeff Kinney, souffrent à leur tour d'une érosion des ventes.
En dépit de ces difficultés, les éditeurs refusent de baisser les bras et s'efforcent de trouver de nouvelles stratégies. L'une d'elles consiste à se tourner vers des auteurs qui ont maintes fois fait leurs preuves. Ainsi, Rageot publie début juin La 6e sans problème de Sophie Rigal-Goulard, autrice de la série Quatre sœurs ; Michel Lafon Jeunesse mise sur Magdalena, connue pour Je suis en CP (Flammarion Jeunesse), et qui s'essaye désormais à l'entrée au collège avec À nous la 6e, tandis qu'Actes Sud Jeunesse a clôturé, fin mars, le Gang du CDI de Vincent Mondiot.
De son côté, Gallimard Jeunesse a inauguré le passage en poche des Renards de Bois-Pourri de Nadia Shireen et annonce la parution du 10e volume du Monde de Lucrèce de Marie-Anne Didierjean, -rendez-vous incontournable de septembre. Tandis que Bayard Jeunesse accueille Clémentine Beauvais en septembre avec Rouge, une nouvelle sur l'éreutophobie, la peur de rougir en public.
Surfant sur les tendances de prédilection du segment, Casterman Jeunesse poursuit la parution de la série d'aventures Robin Hood de Robert Muchamore, auteur de l'emblématique Cherub aux trois millions de lecteurs français. La maison mise également sur le nouvel opus d'Hôtel Heartwood. La famille de la forêt, « sorte de Mémoires de la forêt à la façon de Beatrix Potter », décrit son éditrice Céline Charvet.
« Nous essayons d'avoir une palette très large pour que tous les enfants puissent trouver ce qui leur convient, qu'ils soient petits ou grands lecteurs, adeptes de fantasy ou de réalisme, de séries ou de one shot », argue Murielle Couëslan de Rageot. Polars et thriller s'imposent donc comme de potentiels ressorts de lecture grâce à deux fortes entités : la collection poche « Heure noire », qui fête cette année ses 20 ans, et la collection « Enquêtes d'Europe », récemment enrichie de la série Bérénice enquêtrice.
D'autres privilégient plutôt les univers fantastiques, hérités d'une tradition anglo-saxonne qui en maîtrise tous les codes. « La littérature jeunesse telle qu'on la connaît aujourd'hui a été développée là-bas », abonde Thierry Laroche de Gallimard Jeunesse. Tropisme de longue date chez l'éditeur français de Roald Dahl et de Philip Pullman, la production anglo-saxonne occupe la moitié du catalogue middle-grade, et s'illustre aujourd'hui avec des titres, comme Impossibles créatures de -Katherine Rundell.
Recette qui fait florès, la tendance infuse désormais dans l'ensemble des catalogues. Actes Sud Jeunesse a lancé Les Adelphides d'Alice Dozier. Casterman Jeunesse a traduit Pérégrine Quinn d'Ash Bond et s'est assuré un excellent démarrage avec L'école des pouvoirs secrets de César Mallorqui, dont trois nouveaux opus sont attendus d'ici à 2026. Bayard Jeunesse, de son côté, s'est offert La fille roi du pays maudit d'Éric Moreau et la duologie Gardien des éléments de Rachel Caine, à paraître fin mai.
Après quelques années de recul sur le segment, Hachette Romans est revenu en force avec la série espagnole Amanda Black de Juan Gómez-Jurado et Barbara Montes, là où Poulpe -Fictions favorise une politique d'auteurs tricolores avec Le secret des enchanteurs de Nadine Debertolis et Marine -Gosselin, dont le deuxième volet paraîtra à Noël. Hormis cette offre plurielle des genres, les éditeurs apportent également une attention particulière à l'accessibilité des ouvrages. Quitte à sur--segmenter les propositions éditoriales au sein même du créneau.
« Certains enfants de 10 ans sont de très bons lecteurs et iront aisément vers des titres dotés d'une pagination dense, avec le risque de tomber sur des contenus qui ne leur sont pas adaptés », prévient Élise Courtois, éditrice chez Talents Hauts. Dans la maison, deux collections distinctes manient ces divergences : « Livres et égaux » pour les 7-10 ans et « Zazou » pour les préadolescents de 8 à 12 ans. C'est avec ces mêmes préoccupations en tête que Milan a lancé, début février, la collection « Roman Milan », principalement adressée aux enfants de 9 ans et plus, et inaugurée avec La fille du magicien de Caryl Lewis et Les podcasts de la lose de Guillaume Naile.
L'École des Loisirs fait une distinction entre ses collections, lancées bien plus tôt, « Neuf » et « Médium ». « Pour la première, les ouvrages sont quasi systématiquement illustrés et en couleur pour accompagner le passage vers une lecture totalement autonome », fait savoir Marie Labonne, directrice éditoriale du pôle romans. Sur le modèle de la série Les mémoires de la forêt, la série Ani -Fleurdépi est crayonnée par Annelore Parot, tandis que Tante Brigitte est revenue (21 mai) fourmille d'illustrations en noir et blanc signées Olivier Tallec.
« Le lectorat middle-grade entre de plus en plus dans la lecture par la bande dessinée et le recul global du segment nous oblige à être dans l'innovation sur les formats », poursuit Hélène Pasquet, directrice éditoriale fiction de Bayard, témoignant du succès du label « BD Kids ». Inspirés par les codes du 9e art, les éditeurs et éditrices se laissent ainsi séduire par une hybridation des formats, le roman illustré en tête de file.
« C'est agréable de lier ensemble le texte et l'image. Cela ouvre à davantage de créativité et permet ainsi de nouvelles expériences de lecture », argumente le directeur de Gallimard Jeunesse. Un champ des possibles dont Hachette Romans s'est saisi dès 2024 en créant la collection « Romans graphiques » qui accueille des séries comme Les lumières du Grand Nord de Malin Falch, Aude Pasquier ou Pattes de Nathan Fairbairn et Michele Assarasakorn, référencées dans les rayons « romans » en librairie.
Plus récemment, le Seuil Jeunesse a lancé son label de bande dessinée où la fiction contemporaine flirte avec une revalorisation de titres de fonds transposés au goût du jour. Une piste également explorée par Albin Michel Jeunesse avec L'Agence Toutou-Terrain ou L'académie des méchants. « Nous avons besoin de ces transitions, argue Karine Van Wormhoudt d'Albin Michel Jeunesse. Après tout, pour un enfant, c'est l'histoire qui prime ».