C'est "une idée un peu folle", a reconnu le patron d'Audible Bob Carrigan au sujet de cette "Audible Story House" lors d'une présentation, jeudi.
"Nous nous sommes demandés comment faire vivre les livres audio dans un environnement où vous pouvez découvrir de nouvelles oeuvres et rencontrer des gens qui sont, comme vous, intéressés par les grands récits", a-t-il expliqué.
Dans les faits, des cartouches audio sont disposées sur des présentoirs, prêtes à être emboîtées dans un lecteur pour une écoute au casque uniquement. Chacune déclenche un extrait de quelques minutes du titre choisi. Pour avoir accès à l'intégralité de l'"audiobook" (livre audio), il faut passer par l'application mobile Audible. La plateforme propose des abonnements payants, les achats à l'unité ou l'accès gratuit à de nombreuses références pour les titulaires d'un compte Amazon. Cette librairie d'un nouveau genre dispose d'un bar à l'étage et d'une salle d'écoute sans casque, bardée d'enceintes, où il est possible de s'allonger. Elle comprend aussi un "bar d'écoute" (Listening Bar), ou un "Story Tender", jeu de mots mêlant histoire (story) et barman (bartender), qui "guidera les visiteurs pour trouver le livre audio parfait en fonction de leurs goûts et centres d'intérêt", selon Audible. Le lieu, qui se veut un espace d'échange, accueillera des dizaines d'événements durant son mois d'existence, notamment des tables rondes ou des rencontres d'auteurs avec le public. Le concept de l'Audible Story House entend "s'appuyer sur la nostalgie et le sens de la communauté associés à l'univers des livres tout en l'adaptant à l'époque", a décrit la filiale d'Amazon. Audible s'adresse notamment au jeune public, "saturé de contenus numériques" et en demande d'"interactions dans le monde réel".
Selon l'Association américaine des éditeurs audio (APA), les ventes de livres sonores ont atteint 2,22 milliards de dollars aux Etats-Unis en 2024, un chiffre quasiment doublé en cinq ans (+85%).
La Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc a organisé, ce mercredi, une conférence de presse pour dévoiler les dernières statistiques de l'édition. En 2025, la Bibliothèque nationale recense 7 143 titres publiés au Maroc. Une production très largement dominée par le livre imprimé, qui représente près de 96 % des parutions, loin devant le numérique. Sans surprise, l’arabe domine largement (près des deux tiers des publications), devant le français (25%), loin devant l'amazigh et l'anglais... La production est tirée principalement par la littérature et les sciences humaines, qui concentrent à elles seules plus de la moitié des publications. Les ouvrages religieux représentent 12 % et les livres pour enfants et jeunes adultes environ 10 %. La bibliothèque a noté une nette augmentation d'environ 6 % des publications par rapport à son premier rapport en 2024. Selon les données obtenues par Yabiladi, le nombre total de titres s'est accéléré ces deux dernières années : 5 672 titres en 2022, 5 768 en 2023, 7 000 en 2024 et enfin 7 143 en 2025.
De son côté, la Fondation Roi Abdul Aziz Al Saoud pour les Études Islamiques et les Sciences Humaines, a présenté des chiffres différents, jeudi, dans son rapport sur l'édition au Maroc pour les années 2024 et 2025. Elle recense un volume nettement inférieur, avec un peu plus de 4 000 titres sur deux ans (+10,71%), soit environ 2 000 publications par an. Là encore, le format imprimé domine largement, même si le numérique y occupe une place plus visible que dans les données de la Bibliothèque nationale. La répartition linguistique confirme la prédominance de l’arabe et du français, les autres langues restant très minoritaires. La littérature s’impose comme le principal moteur de la production éditoriale (près d'un quart des titres), devant le droit et l’histoire, tandis que les sciences sociales restent en retrait. Contrairement à la Bibliothèque Nationale, qui n'a commencé à publier des résumés annuels que depuis 2024, la Fondation Al Saoud produit son rapport annuel depuis 2014, devenant ainsi une référence pour de nombreuses institutions nationales et internationales ainsi que pour les médias lorsqu'il s'agit de discuter de l'édition et des auteurs.
La divergence entre les chiffres des rapports de la Fondation Roi Abdel Aziz Al Saoud et de la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc soulève des questions sur la fiabilité des données de publication au Maroc et sur la capacité de chaque source à refléter la production intellectuelle nationale. Le rapport de la Fondation Al Saoud, intitulé «L'édition et les livres au Maroc», inclut un sous-titre précisant qu'il se concentre sur la littérature et les sciences humaines et sociales, indiquant ainsi qu'il ne couvre pas toutes les publications des autres domaines. La fondation précise qu'elle se base sur des données bibliographiques issues de sa propre base de données, mise à jour en continu grâce aux acquisitions quotidiennes de ses services. Ces données incluent les publications imprimées, les publications de Marocains à l'étranger, ainsi que le téléchargement et l'acquisition de publications numériques. Cependant, ce modèle dépend de l'exhaustivité du suivi bibliographique en dehors du système de dépôt légal officiel.
En revanche, la Bibliothèque Nationale est la seule institution chargée de gérer les dépôts légaux. La loi n° 68.99 relative au dépôt légal, émise par le décret royal n° 1.03.201 du 11 novembre 2003, constitue le cadre juridique obligeant tous les éditeurs, auteurs et producteurs au Maroc à déposer des exemplaires de leurs œuvres auprès de la Bibliothèque Nationale, dans le but de documenter et protéger le patrimoine culturel national. Ce cadre juridique impose aux éditeurs de déposer quatre exemplaires de livres imprimés et deux exemplaires de livres électroniques auprès de la bibliothèque, une procédure obligatoire pour tout éditeur, public ou privé, dont la production est destinée au public. Il convient donc de retenir les statistiques de la Bibliothèque Nationale qui dispose d'une base de données complète par une voie légale obligatoire, plutôt que par une agrégation sélective ou partielle des sources. Les chiffres de la Fondation Al Saoud ont, pendant des années, conduit à des évaluations inexactes du nombre de publications émises au Maroc, plaçant le royaume plus bas dans les classements par rapport à d'autres pays.
La start-up française My Smart Book vient de lancer la toute première interface de lecture permettant de dialoguer directement avec les livres. Contrairement aux IA grand public comme Gemini ou ChatGPT qui puisent leurs informations sur tout Internet, la technologie de My Smart Book est « fermée ». Elle garantit que les réponses fournies proviennent exclusivement du contenu du livre que vous êtes en train de lire. Cette approche, développée avec des partenaires souverains. Il y a Mistral AI pour le modèle de langage et Scaleway pour l’hébergement. Le concept respecte les droits des auteurs et des éditeurs. Le livre ne change pas, c’est notre manière de l’explorer qui évolue. Accessible sur appli iOS, Android et tous les navigateurs web, la plateforme propose plusieurs choses :
Une librairie immense avec plus de 450 000 titres disponibles au prix standard. Il n’y a pas de surcoût pour l’IA avec de la littérature, du parascolaire, du manga, de la romance, et guide de voyage notamment .
Des fonctions d’annotations, recherche et marque-pages classiques, résumé de chapitre,
Un bouton permet de poser n’importe quelle question au texte à tout moment.
L'Intelligence artificielle Claude d'Anthropic peut interagir avec les livres audios Audible. Ceci est possible grâce aux “Connecteurs pour la vie quotidienne”. De les activer permet :
de retrouver un passage spécifique ou de résumer les points clés d’un livre audio que vous venez de finir. Claude accède à votre catalogue et vous aide à synthétiser vos écoutes,
d'avoir des recommandations ultra-personnalisées,
d'Exploitez vos notes : Si vous utilisez la fonction de signets, Claude peut les compiler pour vous créer une fiche de lecture structurée en quelques secondes.
Pour les activer, vous devez aller dans les Paramètres sur Claude.ai, puis chercher l’onglet Connecteurs et sélectionner Audible et suivez les étapes d’authentification.
On est très inquiets pour l'ensemble de la filière", réagit Alexandra Charroin-Spangenberg, présidente du Syndicat de la librairie française, sur franceinfo Culture mardi 28 avril. La veille, les librairies Gibert ont annoncé lundi 27 avril qu'elles allaient demander leur placement en redressement judiciaire en raison du "déclin du marché des livres neufs". Le groupe veut se concentrer sur l'occasion.
"Ce qui se passe aujourd'hui chez Gibert est ce qui se passe depuis plus de trois ans maintenant dans toutes les librairies de France, y compris les plus petites", précise Alexandra Charroin-Spangenberg. "C'est terrible" que ça arrive aussi dans les plus gros groupes mais "c'est ce qu'on annonçait déjà, il y a trois ans, dans un rapport économique", souligne la présidente du Syndicat de la librairie française.
"Depuis le début de l'année, on entend des librairies fermer. Ce qu'on entend surtout, ce sont des confrères très inquiets, qui licencient ou qui arrêtent de se payer et qui ne savent pas comment ils vont pouvoir tenir jusqu'à la fin de l'année", observe la présidente du Syndicat de la librairie française, parlant d'un "mouvement de fond".
Celle qui codirige une librairie à Saint-Étienne, la Librairie de Paris, revient sur les "marges contraintes" du secteur et son "modèle économique particulier". Les libraires "ne choisissent pas le prix de vente des livres, fixé par la loi Lang", initiée par Jack Lang, alors ministre de la Culture, en 1981. Mais les libraires ne "choisissent pas vraiment non plus (le) prix d'achat" du livre, "puisqu'on négocie avec des gros groupes éditoriaux", explique Alexandra Charroin-Spangenberg. Aujourd'hui, "avec l'inflation et donc l'explosion de nos charges, on n'a plus les moyens de maintenir notre activité, c'est notre modèle économique qui est en péril", alerte-t-elle.
D'autres facteurs compliquent la tâche des libraires, comme l'apparition ces dernières années des tablettes numériques. Alexandra Charroin-Spangenberg cite aussi "le contexte international qui inquiète les clients qui ont du mal à se déplacer" en librairie. "On a un besoin flagrant des pouvoirs publics", appelle la présidente du Syndicat de la librairie française, alors que "le président de la République dit que la lecture est une grande cause nationale". Emmanuel Macron avait annoncé en juin 2021 qu'il lançait la lecture comme grande cause nationale de l’été 2021 à l’été 2022.
Coup de tonnerre dans le monde du livre à Paris. Nous apprenons ce dimanche 26 avril 2026 que Gibert, le spécialiste du livre d’occasion et neuf, va demander son placement en redressement judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Paris le 28 avril. L’enseigne née dans la capitale en 1886 compte aujourd’hui 16 magasins dans 12 villes de France. C’est un séisme pour ce groupe qui connaît des difficultés depuis déjà plusieurs années et qui a, par exemple, fermé son emblématique magasin du Quartier latin et un autre dans le 13e arrondissement en fin d’année 2025.
Dans un document interne qu’actu Paris a pu consulter, la direction du groupe annonce à ses collaborateurs qu’elle va « solliciter la protection du tribunal des activités économiques de Paris dans le cadre d’une procédure de redressement ».
La direction pointe du doigt un marché du livre neuf en recul et des marges « structurellement contraintes » ainsi que des « coûts fixes » qui augmentent. Autrement dit, « malgré les efforts engagés depuis 2020 pour réduire nos coûts, ajuster notre offre et consolider notre réseau, ces mesures n’ont pas suffi à restaurer un niveau de rentabilité satisfaisant ».
Ceci étant dit, Gibert n’est pas alarmiste. « Cette démarche permettrait de placer l’entreprise dans un dispositif légal protecteur, afin d’assurer la poursuite de son activité, garantir les salaires et travailler, sous l’égide du tribunal, à un réaménagement de notre passif pour donner au groupe les conditions de son redressement durable. »
Dans ce document, la direction affiche malgré tout un visage rassurant et affirme vouloir mettre l’accent sur le marché de l’occasion, « un segment en croissance qui offre de meilleures perspectives de développement et de rentabilité ». Nous apprenons d’ailleurs que Gibert veut doubler ses ventes dans les livres d’occasion d’ici à 2029.
Et de terminer avec une note optimiste : « Nous voulons vous [les employés, NDLR] redire notre confiance dans les fondamentaux de Gibert : nous avons une marque reconnue et aimée des Français, un savoir-faire historique dans le livre d’occasion (marché porteur) et des équipes passionnées ». À noter que l’activité de l’entreprise va se poursuivre normalement ces prochains mois. Contacté, Gibert ne nous a pas apporté de précisions sur sa décision à ce stade.
La bibliothèque Raymond-Quenaud a déménagé. Elle a rouvert ses portes samedi 25 avril 2026, à 9 h 30, dans le centre commercial du Grand Cap à Auchan Mont-Gaillard. Aménagée dans quatre anciennes cases commerciales de la galerie marchande, la nouvelle structure offre un équipement culturel complet et accessible à tous. Intrigués, des clients de l’hypermarché n’ont pas hésité à franchir les portes de ce nouvel espace culturel, curieux de savoir ce qu’on y proposait, alors que d’autres avaient fait spécialement le déplacement seul ou en famille pour l’ouverture. Les premiers visiteurs se sont montrés impressionnés par ses services modernes et pratiques permettant la mise à disposition des 14 000 documents (livres, journaux et magazines). Et de l’espace ludothèques qui comprend près d’un millier de jeux de société. Ce lieu, la septième bibliothèque du réseau de lecture havrais, est en effet pensé comme un espace ouvert avec une architecture actuelle, aérée et lumineuse.
À l’image de Laëtitia, maman de Manaël 4 ans et d’Aliyah 2 ans, tous trois confortablement installé dans l’espace enfant. « Nous attendions avec impatience l’ouverture de cette bibliothèque. Il est essentiel de donner le goût de la lecture à mes enfants. D’ailleurs chez nous, il n’y a pas d’écran… On peut aussi emprunter des jeux de société, c’est vraiment cool. En plus, l’endroit est très chaleureux, on s’y sent bien ».
Martial, lui aussi, montre le même enthousiasme : « C’est parfait ! Je n’habite pas loin et je compte y venir régulièrement. J’espère aussi que son implantation va animer la galerie marchande, car beaucoup de boutiques sont fermées et c’est plutôt tristounet… », commente-t-il.
Quant à Marie-Annette, lectrice de romans policiers, est venue spécialement de son quartier de Tourneville pour l’ouverture. « Je découvre un espace très lumineux et en même temps très cocooning. Je n’habite pas le quartier, mais je fais régulièrement mes courses à Auchan, ce sera l’occasion d’y venir emprunter mes livres… ».
Après des travaux ayant duré près d’un an, la nouvelle entrée canadienne de la bibliothèque Haskell de Stanstead est enfin ouverte. Cette bibliothèque, construite à cheval sur la frontière américaine, est le symbole de l’amitié entre les deux pays.
Pendant plus de 100 ans, les résidents canadiens qui voulaient se rendre à la bibliothèque devaient traverser la frontière du côté américain pour y accéder. Pour gagner la porte de service, ils devaient marcher sur de vieux tapis ou encore des palettes de bois. L’administration de Donald Trump avait cependant décidé d’en fermer l’accès depuis un peu plus d’un an.
Même si les travaux ne sont pas tout à fait achevés, les Canadiens peuvent maintenant accéder à la bibliothèque située à Stanstead par un trottoir de béton avec une nouvelle porte automatisée pour les personnes à mobilité réduite. La présidente de la bibliothèque est très fière des travaux réalisés.
« C’est beaucoup mieux ! On est protégé des intempéries », mentionne au TVA Nouvelles Sylvie Boudreau.
La réalisation des travaux a été possible grâce aux dons reçus. La présidente est d’ailleurs très reconnaissante de la générosité des citoyens.
« Si on n’avait pas eu le [soutien financier]... Je ne remercierai jamais assez les gens [de] tout l’argent qu’on a reçu. On continue à en accepter quand même, parce qu’on a amassé à peu près la moitié des coûts pour faire toute l’entrée canadienne », dit-elle.
Le coût total des travaux est estimé à 700 000 $.
Les travaux de finition restants comprennent l’installation d’une porte d’ascenseur, la pose de rampes, ainsi que l’achèvement d’un mur de soutènement et du stationnement
Un entrepreneur en construction au grand cœur, originaire de Hemmingford, a, quant à lui, décidé de faire le terrassement gratuitement.
"Le poche saura-t-il indéfiniment résister à la grisaille ambiante ? En 2024, hors manga, le petit format a accusé une inflexion de 1,6 % de ses ventes en volume. Mais l'inflation du prix moyen de vente lui a permis d'enregistrer une croissance de 1 % en valeur, selon les dernières données publiées par le Syndicat national de l'édition. 2025 a amplifié cette dynamique : + 6,3 % en volume et + 7,5 % en valeur pour la littérature générale en poche selon les chiffres NielsenIQ BookData.Le marché est porté par le phénomène Freida McFadden (J'ai lu), mais pas seulement. Les valeurs sûres et les fonds participent également à ce beau dynamisme, assurent les éditrices interrogées. Au point que 2025 représente « la troisième meilleure année » pour la directrice générale du Livre de Poche Audrey Petit ou encore une « année historique » pour Anne Assous, directrice de Folio. Derrière cette vitalité, la prudence reste de mise. Le premier trimestre 2026 se révèle moins enchanteur.Lire aussi : Constance Beccaria (Proche) : « La synergie entre grands formats et poches est vertueuse »Les éditrices sont donc à l'affût de toutes les opportunités pour défendre leurs nouveautés et « réveiller les belles endormies », selon la formule empruntée à Audrey Petit. Elles ont, dans l'ensemble, réduit leur nombre de parutions pour penser « des stratégies éditoriales, graphiques et commerciales haute couture », comme l'affirme Hélène Fiamma, directrice de J'ai lu. Cette ambition produit des effets bénéfiques. Après une coupe de « 30 % du nombre de nouveautés entre 2019 et 2021, le chiffre d'affaires de J'ai lu est en développement ».Succès d'imagesLa prescription par le 7e art reste puissante. Ces dernières années, le cinéma français et les plateformes de streaming se sont prises de passion pour les classiques, comme Les trois mousquetaires en 2023, Le comte de Monte-Cristo en 2024, Dracula ou L'étranger l'année dernière. Derrière les succès du box-office, de réels résultats en librairie. Le roman d'Albert Camus a enregistré un bond de ventes supplémentaires de 50 000 exemplaires, selon Anne Assous. Plus contemporain, L'amour ouf de Neville Thompson (traduit par Isabelle D. Philippe, 10-18) s'est écoulé à près de 65 000 exemplaires après son adaptation. « Grâce à l'affiche du film en couverture, nous avons réussi à capter un nouveau lectorat, probablement plus jeune », affirme Carine Fannius, directrice générale du Pôle poche d'Editis, qui regroupe Pocket et 10-18.Classique TikTok« C'est quoi cette hype TikTok sur Dostoïevski ? » interrogeait encore au début de l'année un internaute sur Reddit. Personne ne saurait lui fournir de réponse. « Sur les réseaux sociaux, la première étincelle ne vient jamais de nous mais nous devons profiter de cet effet d'aubaine », admet Anne Assous. « Une simple chronique Instagram peut relancer un titre de fonds, comme L'invention de la solitude de Paul Auster, récemment mis en avant sur le réseau social », observe Marie-Anne Lacoma, qui a rejoint la collection « Babel » chez Actes Sud en février comme responsable du développement pour structurer sa stratégie commerciale et marketing.Encore faut-il être prêt. « Nous travaillons en permanence sur les titres de fonds, récents comme anciens, pour les réactiver avec les outils du moment », explique ainsi Audrey Petit. Un travail de longue haleine qu'Hélène Fiamma compare d'ailleurs volontiers à celui d'un jardinier. « Il faut planter des graines, faire du désherbage. Certains livres ont besoin d'être redécouverts quand d'autres n'ont plus vocation à exister », déclare-t-elle.Parfois, le timing est bien heureux. « Depuis plusieurs années, nous souhaitions repenser les couvertures des romans de Dostoïevski », relate Sophie Duc, responsable de la collection « Babel ». Alors que le phénomène enfle sur les réseaux, la maison dévoile en septembre dernier sa nouvelle ligne graphique inspirée de motifs traditionnels russes et réédite une dizaine de titres par an. Au cœur de la tendance, Les nuits blanches s'est écoulé à plus de 121 000 exemplaires, toutes éditions en poche confondues, depuis janvier 2025.À l'image de l'engouement pour Dostoïevski ou du « Kafkatok », la toile s'est aussi passionnée pour Moi qui n'ai pas connu les hommes de Jacqueline Harpman. « Toute une génération redécouvre ce texte fabuleux qui n'a rien à envier à La servante écarlate », se réjouit Audrey Petit, qui en publie une nouvelle édition le 13 mai. Qui remportera les prochaines faveurs de TikTok ? Grâce à l'adaptation des Hauts de Hurlevent au cinéma, Emily Brontë fait figure de favorite. La réédition en novembre dernier de son roman dans le catalogue de Points s'est vendue à plus de 12 000 exemplaires et fait l'objet d'une réimpression.Réseaux d'influenceLa spontanéité des influenceurs et influenceuses reste difficile à remplacer mais chaque maison soigne avec attention sa relation aux réseaux sociaux. « Babel » mise sur les libraires et ses auteurs et autrices pour prescrire en vidéo des titres de son catalogue. Depuis deux ans, Folio réunit une trentaine de personnes d'influence dans son club de lecture.
« Ce sont des lecteurs et lectrices très attentives, dont l'avis peut avoir un effet boule de neige », souligne Anne Assous.Même conviction pour Carine Fannius, dont l'équipe anime son « club des ambassadeurs » avec des box personnalisées et des événements en petit comité. « Nous organisons des dîners avec des auteurs et autrices de polar pour leur offrir un accès aux coulisses » qui génèrent, dit-elle, un « écho indéniable ».
L'année dernière, Points a mis Enzoreads au défi de lire Toutes ses fautes d'Andrea Mara en une nuit, à l'hôtel Amour, en partageant ses réactions en direct. Couplée à de l'affichage numérique et dans des lieux à fort trafic, l'opération a permis un « grand taux de transformation », se félicite la directrice générale Cécile Boyer-Runge.Offre restructuréePortés par le cinéma et les réseaux, les classiques reviennent donc à la mode. Les maisons accompagnent la demande en structurant leur offre. Dès 2021, Points a regroupé ses titres dans une collection dédiée. « Nous avons créé un domaine qui n'existait pas », explique Cécile Boyer-Runge. Une dizaine de titres alimentent « Points classiques » chaque année, en lien étroit avec l'actualité cinématographique. En 2023, Gallmeister a fait le pari de l'écrin luxueux pour donner à redécouvrir les classiques avec « Litera » tandis qu'Archipoche lance « Le Domaine » en mai, dédiée aux œuvres tombées dans le domaine public.L'offre se structure aussi en ciblant certains segments porteurs. « Dans un marché en baisse, nous devons proposer des collections bien identifiées, au-delà de la marque elle-même », estime Carine Fannius.
Après « Poèmes » en 2024, Pocket a lancé « Romance » en 2025 et inaugure cette année son label de littérature blanche ainsi qu'une collection « New Horror ».Alors que le succès de Freida McFadden porte l'ensemble du rayon policier, les maisons profitent de l'aubaine pour faire émerger des plumes. Le Livre de Poche s'est ainsi associé à Bookouture, maison numérique du groupe Hachette en Angleterre, pour accueillir « certains titres de polar, portés par de nouvelles voix, avec de bons scores de vente en numérique », affirme Audrey Petit. Points accompagne la réédition en poche du Roman de Marceau Miller avec un important plan marketing, tandis que Folio inaugure une catégorie Polar dans son prix littéraire avec Télérama et dévoile une nouvelle identité visuelle propre à chaque auteur et autrice de sa ligne thrillers. « La fabrication représente un vrai levier pour favoriser les achats d'impulsion », assure Anne Assous.Fabrication soignéeCréer l'actualité passe aussi par l'objet. « Le poche est devenu un lieu d'expérimentation créative », assure Hélène Fiamma. Fin 2024, J'ai lu édite l'inédit The Fisherman de John Langan (traduit par Thibaud Eliroff). « Le texte est remarquable mais l'auteur inconnu. Grâce à une fabrication extrêmement soignée, nous en avons vendu 20 000 exemplaires », se réjouit-elle. Pour la directrice, « la création d'univers graphiques dédiés à des auteurs et autrices doit prévaloir sur l'identité de J'ai lu ».La refonte, au début d'année, des ouvrages d'Anna Gavalda, confiée à l'artiste japonaise Yukiko Noritake et bénéficiant d'une soirée de lancement à la Slow Galerie, boutique d'illustrations à Paris, sans aucune actualité éditoriale, illustre cette logique à son paroxysme. « Cet événement est assez inhabituel dans l'édition, concède Hélène Fiamma qui ne voulait pas risquer que le fonds de cette autrice unique en son genre s'érode faute de nouveauté. »Sophie Duc collabore depuis six ans avec la graphiste Manon Fraysse pour penser chaque couverture. « Le fonds 'Babel' est immensément vivant, et le soin apporté au graphisme permet de le donner à voir », assure-t-elle, citant notamment la nouvelle vie donnée à Antigone d'Henry Bauchau en 2023. Points s'inscrit dans la même logique avec la réédition de L'homme-dé de Luke Rhinehart (traduit par Francis Guévremont, 6 février), dotée d'une couverture vernie et qui bénéficie d'un « bon démarrage en librairie ».Faire événementQuand l'objet et les réseaux ne suffisent plus, les maisons multiplient les initiatives pour provoquer une rencontre avec le public. Le Livre de Poche déploie depuis 13 ans Le Camion qui Livre et organise un Tournoi des mots à destination des élèves de lycées. À l'heure où les clubs de lecture font leur retour en force, Points a lancé début 2025 un book club avec les Galeries Lafayette. « Le bouche-à-oreille reste un levier majeur d'influence », déclare Cécile Boyer-Runge. En septembre, la maison a aussi organisé sa première Reading Party à l'Opéra Bastille. « Les 250 billets disponibles, vendus à 5 euros, ont été écoulés en deux heures », indique-t-elle.Le partenariat de J'ai lu avec Lena Mahfouf, alias Lena Situations, illustre la même conviction. En décembre, l'opération a réuni une trentaine de personnes dans le concept-store Hôtel Mahfouf pour échanger sur La femme de ménage de Freida McFadden et assister en avant-première à la projection de son adaptation. « Publier ne suffit plus, il nous faut créer des événements et donner à vivre des expériences nouvelles au-delà même du livre », résume Carine Fannius. Par sa souplesse et sa créativité, le poche semble bien armé pour se réinventer."
Pas moins de 700 librairies indépendantes de France, Belgique, Suisse et Luxembourg organisent leur fête annuelle samedi 25 avril, en offrant un livre et une rose, avec l'espoir d'attirer les lecteurs, ceux-ci se faisant moins nombreux depuis le début de l'année.
"Il est vital de ne pas déserter ces librairies", plaide Marie-Rose Guarnieri, la libraire parisienne promotrice de la Fête de la librairie indépendante,(Nouvelle fenêtre) qui célèbre sa 28e édition.
Or, "les temps sont durs" car de nombreuses librairies ont vu "leur fréquentation baisser au début de l'année" dans un contexte de recul de la lecture, déplore-t-elle.
Bien que présentes sur tout le territoire, les librairies indépendantes font face à la forte concurrence des grandes surfaces culturelles, des sites de vente en ligne mais aussi des vendeurs de livres d'occasion.
"Un certain nombre d'entre elles ne savent pas si elles vont passer l'année", alerte Marie-Rose Guarnieri à l'AFP.
"Or elles jouent un rôle social important, notamment dans les petites villes, et offrent une très grande diversité de choix. Il faut que les Français soient conscients de cette exception culturelle qui existe dans peu de pays", plaide la libraire.
Manifestation qui fidélise de plus en plus de commerces, la Fête de la librairie indépendante se déroule le samedi le plus proche de la Sant Jordi en Catalogne, une journée où on s'offre traditionnellement des roses et des livres.Cette année, les lecteurs y participant se verront offrir une rose et un livre inédit, Umberto Saba, poète et libraire à Trieste, publié en partenariat avec les éditions Gallimard et tiré à 28 000 exemplaires. Ce livre richement illustré fait découvrir l'histoire de Trieste, cette ville du nord-est de l'Italie qui a connu une activité littéraire en accueillant James Joyce, qui y a vécu 11 ans, Italo Svevo, Stendhal, Rainer Maria Rilke ou Marcel Proust.