Pour célébrer le 40e anniversaire du Salon, le choix de la Grande Ourse 2024, distinction décernée par l’équipe du Salon, s’est avéré délicat tant les artistes de grands talents sont nombreux. Pourtant, une unanimité s’est dégagée : Susie Morgenstern incarne parfaitement cette distinction. Cette figure incontournable de la littérature jeunesse, originaire du New Jersey, rayonne par sa vitalité et sa fidélité inébranlable au Salon qu’elle a arpenté depuis ses débuts.
Si elle n’était pas Grande Ourse, Susie Morgenstern pourrait être comparée à un chat, tant elle a exploré la vie, les vies, sous toutes formes littéraires : poèmes, albums, romans, comédies musicales. Ses œuvres, qui célèbrent le quotidien, l’école, la famille, la sororité et les relations intergénérationnelles, sont imprégnées de sa capacité à s’émerveiller et de sa quête du bonheur, que ce soit à travers les rires, les émotions, ou la beauté des petites choses. La langue, les interactions humaines et l’acte même d’écrire demeurent au cœur de son art, une passion inlassable qu’elle partage avec humour et une autodérision qu’elle a élevée en art.
Avec plus de 100 ouvrages publiés par environ 30 éditeurs, Susie Morgenstern a marqué des générations de lecteurs. Sa créativité, son énergie débordante et ses lunettes en forme de cœur sont devenues sa signature, tout comme ses interventions pleines d’esprit. En témoignage, cette phrase emblématique de 2005 : « Quand un certificat avec une lettre est tombé du ciel m’annonçant que j’étais chevalier des arts et des lettres, j’étais aux anges, moi qui ne sais pas monter à cheval ! ». Nommée chevalier de la Légion d’honneur en 2016, elle est devenue Officier dans l’Ordre national du Mérite en 2022.
Parmi ses dernières œuvres, on retrouve La Rentrée sans tête (illustré par Églantine Ceulemans, Les Arènes), L’Apprenti roi (co-écrit avec Alain Grousset, Michel Lafon), et Le monde est à moi (illustré par Hélène Druvert, Saltimbanque). À paraître prochainement : Tétine ma copine (illustré par Jean-Charles Sarrazin, Gründ) et Surtout l’amour : féministes de mère en fille… ou vice versa ! (Gallimard Jeunesse).
Des livres emblématiques tels que La Sixième et Lettres d’amour de 0 à 10 ans (publiés à l’école des loisirs) ont marqué les esprits, tout comme l’audio-livre primé Mister Gershwin, les gratte-ciels de la musique (illustré par Sébastien Mourrain, Gallimard Jeunesse). Elle a même publié pour les adultes, Jacques à dit (Bayard), Mes 18 exils (L’Iconoclaste), prouvant là encore sa capacité à toucher tous les publics.
Son héritage littéraire est porté par de nombreuses maisons d’édition telles que Actes Sud jeunesse, Bayard, Casterman, Dargaud, De la martinière Jeunesse, Didier Jeunesse, l’école des loisirs, Éditions du Jasmin, EFA Éditions, Gallimard Jeunesse, Gautier-Languereau, Gründ, L’Iconoclaste, Les Arènes Jeunesse, Lito, Michel Lafon, Nathan, Père Castor-Flammarion, Rageot, Rouergue, Saltimbanque, Sarbacane, Seuil Jeunesse, Talents hauts, Thierry Magnier Éditions, Voir de près.
Le prix de Flore a été attribué jeudi 7 novembre à Benjamin Stock pour son premier roman, Marc, une critique humoristique du conspirationnisme inspirée des romans de Marc Levy, a annoncé le jury. Le lauréat a remporté le prix avec 11 voix contre une seule pour Joy Majdalani, lors des délibérations qui se sont tenues au café de Flore, situé dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Le jeune auteur succède ainsi à Maria Pourchet, la lauréate 2023.
Créé en 1994 par l'écrivain Frédéric Beigbeder et Carole Chrétiennot, ancienne dirigeante du café, le prix de Flore distingue "de jeunes auteurs prometteurs, au talent original et audacieux". Il est doté de 6 150 euros et se distingue par le fait qu'il offre au lauréat un verre de pouilly-fumé chaque jour pendant un an, gravé à son nom, à la célèbre brasserie parisienne.
Marc, publié aux éditions Rue Fromentin, est l'œuvre d'un auteur de 36 ans qui a travaillé dans la communication pour des entreprises du secteur de la transition écologique, selon les informations de son éditeur. Le roman raconte l'histoire de David, un dirigeant de start-up qui, grâce à une collègue, découvre l'existence d'une communauté secrète de lecteurs de Marc Levy. Peu à peu, David se convainc que l'écrivain populaire dissimule des messages communistes dans ses intrigues et à travers les noms de ses personnages.
L’Association des écrivains du Sénégal célèbre, ce 7 novembre 2024, la 32e édition de la Journée internationale de l’écrivain africain, avec pour parrain de la manifestation le poète, romancier et essayiste Momar Guèye qui succède à Ken Bugul. Une journée pour fêter l’écrivain et la littérature. Le monde en avait rêvé, l’Afrique l’a fait. En effet, depuis plusieurs années, dans beaucoup de pays d’Afrique, la journée du 7 novembre est consacrée à l’écrivain africain. L’année 2024 ne dérogera pas à la règle. Cette année, on en est à la 32e édition de cette fête de l’écrivain. Formellement instaurée en 1992 par l’Association panafricaine des écrivains (PAWA), cette fête de l’écriture a pour ambition de mettre en lumière les œuvres littéraires africaines, mais aussi les circonstances de leur production et les problèmes liés à leur diffusion. Son organisation incombe aux pays. Célébrée avec faste et sérieux, cette Journée est surtout l’occasion pour les pays de présenter au grand public leurs auteurs d’hier et d’aujourd’hui. Comme l’a fait le Ghana en 2015 en dédiant la Journée du 7 novembre à la mémoire du romancier et essayiste nigérian Chinua Achebe. 300 auteurs d’Afrique et de sa diaspora avaient participé à cette rencontre inoubliable intitulée : « Celebrating the life and works of Chinua Achebe : the coming of age of African literature ». En français : « Commémorer la vie et l’œuvre de Chinua Achebe : l’entrée de la littérature africaine dans une ère nouvelle ».
« Pour les littératures d'Afrique, une autre ère nouvelle commence cette année avec l’obtention par des auteurs africains deux des récompenses les plus prestigieuses du monde littéraire de France et de Navarre », confie Abdoulaye Fode Ndione, vice-président du Centre Pen Sénégal organisateur de la Journée en collaboration avec l’Association des écrivains sénégalais (AES). Saluant les talents et l’inventivité de l’Algérien Kamel Daoud et du Franco-Rwandais Gaël Faye, récipiendaires respectivement des prix Goncourt et Renaudot cette année, Fode Ndione rappelle qu’il y a trois ans, en 2021, un jeune auteur de son pays, Mohamed Mbougar Sarr, avait remporté le Goncourt avec son remarquable roman La plus secrète mémoire des hommes.
Pays éminemment littéraire, le Sénégal est la terre natale des Léopold Sédar Senghor, des Birago Diop, des Ousmane Socé, des Cheikh Hamidou Kane, qui ont jeté au début du siècle dernier les bases de la littérature africaine francophone. Ses romanciers, ses poètes, ses essayistes ont incarné les modèles de créativité et d’analyse qui ont ensuite essaimé à travers l’Afrique francophone. Comment s’étonner alors que l’idée de consacrer une journée à la promotion de l’écrivain africain s’est rapidement enracinée dans le terroir sénégalais ?
« L’AES qui est le parrain de cette journée est l’une des plus vieilles associations littéraires du continent, raconte Fode Ndione. Elle est née en 1973 et a eu à sa tête quelques-unes des personnalités les plus éminentes de la vie littéraire sénégalaise, telles que le conteur Docteur Birago Diop, la romancière Aminata Sow Fall ou encore le poète Amadou Lamine Sall. D’ailleurs, c’est dans la maison du Docteur Birago Diop, à « Kër Birago bu beès », siège de l’AES, que se dérouleront les festivités de la Journée du 7 novembre ».
Au programme de la manifestation cette année qui devrait se poursuivre jusqu’au 11 novembre, des discours par des personnalités culturelles éminentes dont Madame Khady Diène Gaye, ministre de la culture du Sénégal, une séance de découverte de la littérature du pays invité, en l’occurrence le Bénin et un colloque sur le thème défini par les organisateurs. Après « littérature et émigration », qui était le thème de l’édition 2023 de la Journée de l’écrivain, les participants au colloque plancheront cette année sur la question « littérature, citoyenneté et souveraineté ». « Citoyenneté, souveraineté ont toujours été des sujets majeurs de la littérature africaine, depuis ses origines à l’époque coloniale lorsque les auteurs faisaient partie des intellectuels dissidents qui militaient pour l’indépendance de leur pays, soutient Fode Ndione. L’engagement social et citoyen continue d’être une des dimensions incontournables de nos littératures. » Le grand moment de la manifestation est toutefois la rencontre qu’elle propose chaque année avec un auteur sénégalais majeur. Après la romancière Ken Bugul, l’auteur de Riwan ou le chemin de sable, qui fut fêtée à la dernière édition, le choix des organisateurs a porté cette année sur le poète, essayiste et nouvelliste sénégalais Momar Guèye. L’homme est l’auteur de plusieurs ouvrages dont son célèbre roman La Malédiction de Raabi. Ce livre qui raconte l’histoire d’un viol a été adapté par le théâtre national Daniel Sorano. La pièce sera présentée en clôture de la manifestationdu 7 novembre.
« La Malédiction de Raabi est une promenade dans les couloirs de la société sénégalais, écrit pour sa part Alioune-B Diané, professeur à l’université de Dakar. Et le professeur d’ajouter : « Le récit est centré sur le personnage de Raabi, mais à l’arrière-plan, se lit l’histoire d’une société et l’entraîne dans les profondeurs de la société dont il a une excellente connaissance ». Dommage que l’œuvre de cet auteur ne soit pas mieux connue à l’étranger où la littérature sénégalaise compte de nombreux lecteurs et admirateurs.
Enfin, que représente cette Journée de l’écrivain pour le premier intéressé, à savoir l’écrivain, plus précisément les écrivains sénégalais qui sont nombreux à hanter les allées de la Maison Birago Diop le 7 novembre ? « C’est la participation massive des écrivains sénégalais qui fait le succès de cette journée consacrée à la littérature et à l’écriture », souligne Fode Ndione.
« Cette manifestation est pour l’écrivain francophone que je suis de rencontrer chaque année des auteurs du pays-invité, qui ne sont pas nécessairement francophones », répond pour sa part Racine Senghor, poète et écrivain pour la jeunesse, qui participe religieusement depuis des années à toutes les manifestations liées à la Journée de l’écrivain africain.
Et l’auteur de Dessous la lampe et du Gandoul bleu d’ajouter : « Vive le 7 novembre car c’est pour nous une occasion privilégiée de croiser dans notre capitale des confrères africains qui écrivent en anglais, en arabe, en haoussa, en comorien ou en afrikaans, pour n’en citer que ceux-là. Leurs sensibilités sont différentes et nécessairement enrichissantes. C’est ça sans doute la grande richesse des lettres africaines, d’être plurilingues et rattachées à tous les souffles du monde ! »
Certaines victoires sont moins amères que d’autres. On ne peut que se réjouir de voir l’écrivaine Julia Deck remporter, ce mercredi 6 novembre, le prix Médicis pour son livre «Ann d’Angleterre». C’est pour un texte qui tranche avec le reste de son œuvre que l’autrice de «Monument national» se trouve aujourd’hui récompensée, succédant ainsi au Québécois Kevin Lambert.
Celle qui s’est fait connaître pour ses comédies sociales grinçantes (« Viviane Elisabeth Fauville », « Propriété privée »…) a changé de registre (et d’éditeur, passant des Editions de Minuit au Seuil) et ce pari s’est avéré payant. Récit personnel et sous tension sur sa mère âgée, victime d’un AVC, « Ann d’Angleterre » contient en son cœur un secret de famille. En septembre, notre journaliste Anne Crignon avait consacré un portrait à Julia Deck et saluait en « Ann d’Angleterre » « un récit saisissant de finesse et d’éclat ».
Côté étranger, le prix revient au romancier guatémaltèque Eduardo Halfon pour « Tarentule » (traduit de l’espagnol par David Fauquemberg, Quai Voltaire), l’histoire de deux jeunes frères qui, en 1984, se retrouvent dans un camp de survie pour enfants juifs au Guatemala. Un matin, réveillés par des cris, ils découvrent que le camp s’est transformé en une chose bien plus sombre.
Quant au prix de l’essai, il se jouait autour de Kafka, dont on commémore cette année le centenaire de la mort. « Dix versions de Kafka » (Grasset) de Maïa Hruska, étude sur les différentes traductions de l’écrivain pragois, était en effet dans la sélection finale. Mais c’est le troisième tome de « Kafka » (traduit de l’allemand par Régis Quatresous, Le Cherche Midi), intitulé « les Années de jeunesse », biographie épique et magistrale entreprise par l’auteur allemand Reiner Stach, qui a remporté la mise.
Un important éditeur néerlandais envisage de tester la traduction de livres en anglais en utilisant l'intelligence artificielle. Veen Bosch & Keuning (VBK) – le plus grand éditeur des Pays-Bas, acquis par Simon & Schuster plus tôt cette année – « utilise l'IA pour aider à la traduction d'un nombre limité de livres », a déclaré Vanessa van Hofwegen, directrice commerciale de VBK.
« Ce projet contient moins de 10 titres, tous des fictions commerciales. Aucun titre littéraire ne sera utilisé. Il s'agit d'un projet expérimental, nous n'incluons que les livres dont les droits en anglais n'ont pas été vendus, et nous n'envisageons pas de vendre les droits en anglais de ces livres à l'avenir », a-t-elle ajouté.
« Il y aura une phase d’édition, et les auteurs ont été invités à donner leur accord pour cela », a déclaré un porte-parole de VBK au Bookseller . « Nous ne créons pas de livres avec l’IA, tout commence et se termine par l’action humaine. »
Le fait que l'éditeur envisage d'utiliser la traduction par IA uniquement pour la fiction commerciale, plutôt que pour les titres littéraires, « suppose que ces livres sont purement stéréotypés et ne contiennent pas beaucoup d'éléments créatifs, ce qui est plutôt insultant pour les auteurs et les lecteurs concernés », a déclaré Michele Hutchison, qui a remporté le prix International Booker 2020 pour sa traduction de The Discomfort of Evening de Lucas Rijneveld.
« Il y a des limites à ce que l'on peut faire » avec la post-édition de traduction automatique, le processus par lequel un traducteur humain révise une traduction générée par l'IA. « Le texte peut être superficiellement fluide, mais il est également susceptible d'être très fade », a-t-elle ajouté.
« Le fait de ne pas impliquer le traducteur ouvre la porte à des traductions erronées ou trompeuses qui ne seront pas utiles aux lecteurs », a déclaré David McKay, traducteur littéraire du néerlandais vers l’anglais. Il a ajouté que s’il est compréhensible que les éditeurs souhaitent utiliser les nouvelles technologies pour « accroître leur efficacité », les projets de VBK « semblent très téméraires ».
« Si j'étais l'un des auteurs de Veen Bosch & Keuning, je serais très inquiet de la façon dont ces traductions IA se répercuteront sur mon travail et affecteront ma réputation. »
Ian Giles, coprésident de l'association des traducteurs de la Society of Authors (SoA), a qualifié la nouvelle de « préoccupante », faisant référence à une enquête de la SoA publiée plus tôt cette année qui a révélé que plus d'un tiers des traducteurs ont perdu du travail à cause de l'IA générative.
Si VBK « ressent le besoin de consulter des traducteurs ou des éditeurs humains pour ajuster » le résultat généré par l’IA, « ils reconnaissent les défauts de cette approche ».
Et de deux. Miguel Bonnefoy, 37 ans, ne se contentera pas du grand prix du roman de l’Académie française. Ce mardi 5 novembre, le prix Femina du roman français lui a été attribué pour Le Rêve du jaguar. Dans la veine du réalisme magique, l’écrivain franco-venzuelien retrace le parcours de quatre générations, de la rue à la réussite sociale, et mêle à sa saga le destin d’un pays où s’enchaînent révolutions, dictature et explosion économique dûe aux ressources pétrolifères. Parmi les lauréats, il faut compter aussi sur Alia Trabucco Zerán, pour Propre (Robert Laffont), dans la catégorie Romans étrangers et sur Paul Audi, pour Tenir tête, chez Stock.
Des prix un peu ternis par la polémique du début de semaine. La veille de l’annonce des lauréats ou lauréates, Le Nouvel Obs a publié une tribune qui dénonçait la présence de Caroline Fourest dans la sélection Essais. Parmi les signataires : les actrices Judith Godrèche, Anouk Grinberg, Aïssa Maïga, Anna Mouglalis, la militante Caroline De Haas, l’autrice Mona Chollet, autrice ou encore la journaliste et écrivaine Hélène Devynck, toutes engagées contre les violences faites aux femmes. Les signataires listaient, page par page, les propos qui les mettent en cause dans son livre Le Vertige #MeToo. « Exhortation à résister à la tendance victimaire, le livre de la journaliste tient surtout de la condamnation déplacée », avait pour sa part jugé Télérama dans sa critique. Elles invitaient le jury du prix Femina « à ne pas confondre féminin et féministe » et dénonçaient un « retour en arrière », et « backlash » par le simple choix de faire figurer son livre dans la sélection. Le livre n’aura finalement pas eu les suffrages du jury.
Pour contourner la loi sur les frais de port appliquée depuis le 7 novembre 2023, Amazon a trouvé un solution. Pour leurs commandes de livres, les clients choisissent désormais la livraison gratuite. Cela couvre un vaste réseau de plus de 2 500 points de retrait partout en France. Cette option est disponible pour une sélection de points de retrait situés dans des commerces vendant notamment des livres. Plus de 70% de ces points de retrait sont situés dans des zones rurales ou petites villes. Une fois qu’on ajoute un livre au panier, les clients ont désormais la possibilité de sélectionner un point de retrait gratuit. Il est bien sûr également possible de se faire livrer à domicile via nos autres options de livraison.
Autrement dit, il semblerait qu’Amazon face à la perte de clients dans la section livres, décide de régler lui-même les frais de port en points de retrait pour endiguer les pertes.
Gaël Faye a remporté le Prix Renaudot 2024 pour son livre Jacaranda. Ce prix littéraire a été attribué ce lundi 4 novembre 2024. Comme le veut la tradition, le Prix Renaudot a été annoncé à l’heure du déjeuner au restaurant Drouant, dans le quartier de l’Opéra à Paris.
Dans Jacaranda, il livre un récit qui s’étale sur quatre générations de personnages, relatant l’histoire du Rwanda. C’est aussi celle d’un exilé, Milan, qui n’a jamais connu son pays natal mais qui retourne y vivre pour retrouver ses racines, dans un pays grandement marqué par le génocide des Tutsis en 1994.
L’auteur, né à Bujumbura au Burundi, est lui-même issu d’une mère réfugiée rwandaise. Suite à la guerre civile au Burundi en 1993, qui aboutira au génocide des Tutsis au Rwanda, il a fui son pays natal pour la France. Il s’était inspiré de son histoire pour son premier ouvrage Petit Pays, qui avait reçu de nombreuses distinctions dont le Prix Goncourt des lycéens en 2016.
À 12h45, Claudel du Goncourt, est apparu en haut de l'escalier conduisant du rez-de-chaussée au salon Goncourt situé au premier étage pour prendre la parole. «Le 122e prix Goncourt a été accordé au premier tour, à Kamel Daoud pour Houris chez Gallimard.»
En ayant choisi de sacrer Kamel Daoud, le jury a d'abord fait un acte de courage politique. Rappelons-les faits : l'Algérie a décidé d'interdire le Salon international du livre d'Alger aux éditions Gallimard en raison du roman de l'auteur. Dans Houris, Aube, une survivante de la décennie noire (1991-2002) en Algérie, enceinte et mutilée, raconte à la petite fille qu'elle attend, le tragique récit de ces années de sang. Ardent défenseur de la liberté d’expression, Atiq Rahimi avait alors écrit une lettre ouverte, apportant son plus soutien à l’auteur. Or, en lui décernant le Goncourt, le jury a affirmé de la même façon, et sans faille, la liberté totale de l'écrivain. Un écrivain qui a l'habitude de déranger.
Chroniqueur et journaliste, Kamel Daoud est né en 1970 à Mostaganem, en Algérie. Personnage «balzacien», selon ses mots, il est à 20 ans dans les années 1990, un villageois qui finit ses études et arrive en ville. Très tôt, il décide de se lancer dans le journalisme, intègre le Quotidien d’Oran et enquête sur les massacres commis dans son pays. Malgré les insomnies, l’innommable qui s’imprime sur la rétine, Daoud écrit, rédige, témoigne. «Le journalisme est essentiel mais il ne suffira jamais à raconter une guerre. Je dis souvent qu'une blessure, ça se mesure par le journalisme, et que ça se raconte par la littérature», a-t-il confié au Madame Figaro. À l’aube des années 2000, il commence à publier et à se faire remarquer en tant qu’auteur. Relevons: Minotaure 504 (2011), sélectionné pour le prix Goncourt de la nouvelle et notamment son roman Meursault, contre-enquête (Gallimard, 2014). Cette publication lui valut d’être visé par une fatwa alors qu'il était finaliste du Goncourt – il rata de peu le prix et remporta finalement le Goncourt du premier roman.
Hier encore, Kamel Daoud a partagé sur X (ancien Twitter) la photo d’une étudiante iranienne, Ahou Daryaei, dévêtue devant son université à Téhéran. Avec Houris, (qui signifie «femme très belle promise par le Coran aux Musulmans fidèles qui accèderont au paradis»), Daoud savait qu'il gênerait en dénonçant l’amnésie des actes barbares commis par les islamistes. Ses propos sont incisifs et implacables. Il a d'ailleurs choisi de mettre en exergue de son livre l'article 46 de la loi instaurée par les autorités algériennes baptisée « Charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2005 », punissant « d'un emprisonnement de trois à cinq ans et d'une amende de 250000 dinars algériens à 500000 dinars algériens quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l'État, nuire à l'honorabilité de ses agents qui l'ont dignement servie, ou ternir l'image de l'Algérie sur le plan international (...) » Toutefois, si Houris est un cri de dénonciation, l’auteur s’est défendu à L’Obs, «d’écrire une guerre, mais comment on en sort. C'est pour cela que j'ai appelé mon personnage Aube; c'est l'heure difficile, entre deux mondes, où cohabitent le soleil et la nuit, mais où les choses recommencent.»
Le choix était donc loin d'être facile face à un Gaël Faye, éminemment sympathique et populaire (il a déjà vendu plus de 173.000 exemplaires de Jacaranda). En outre, il a fallu départager deux livres portant sur des massacres (Houris on l'a dit, évoque la guerre civile des années 1990 en Algérie, Jacaranda, l'après génocide rwandais) ou du moins ses rescapés. Avec Daoud, les jurés ont sans doute été touchés par cette langue incantatoire, ces mots à feu et à sang, « un long chant polyphonique », comme l'a relevé Le Figaro littéraire dans son numéro du 5 septembre. « Le rythme est varié, le propos foisonnant, désordonné, fait de bribes, comme une conversation, avec des confidences, des digressions et des éclats de voix. […] Le livre de Daoud a la force d'un oued en crue après un terrible orage nommé guerre civile. Impétueux, imprévisible, fascinant, il emporte tout sur son passage. »
Enfin, et ce n'est pas rien, en sacrant Daoud, le Goncourt a sacré Gallimard. Et on peut le dire, la maison a eu chaud. D'abord, parce que contrairement aux années précédentes où elle avait pu se consoler avec le Grand prix de l'Académie française (Giuliano da Empoli en 2022 et Dominique Barbéris en 2023), elle n'avait jusque-là obtenu aucun prix de la rentrée littéraire. Ensuite, parce que durant deux années consécutives, elle a été battue en finale : en 2022, Giuliano da Empoli s'inclinait devant Brigitte Giraud (Vivre vite, Flammarion), et en 2023, c'était au tour d'Eric Reinhardt de s'avouer vaincu face à Jean-Baptiste Andrea (Veiller sur elle, L'Iconoclaste).
L’annonce de la publication de L’Idée de la Casamance autonome – Possibles et dettes morales de la situation coloniale au Sénégal, de Séverine Awenengo Dalberto, chercheuse française au Centre national de la recherche scientifique, a provoqué de vives protestations dans le pays, où l’évocation de ce conflit reste sensible. L’État sénégalais rejette l’autonomie de cette région du Sud. Lors d’un meeting dans la nuit du 1er au 2 novembre à Ziguinchor, capitale de la Casamance, Ousmane Sonko, tête de liste du Pastef aux élections législatives du 17 novembre, a pointé du doigt le livre, son autrice et la France. Le Premier ministre a annoncé qu’il « ne sera pas commercialisé » au Sénégal.
Les éditions Karthala ont regretté « une instrumentalisation politique d’un ouvrage scientifique par des personnes qui n’ont, manifestement, pas pris connaissance de son contenu ». L’autrice a afirmé que son travail était « strictement historique » et « ne vise aucunement à rouvrir les fractures comme certains pourraient le craindre ».
« Si cette Française veut écrire, elle n’a qu’à aller écrire sur la Corse qui demande son indépendance à la France. Elle n’a qu’à écrire sur la Nouvelle-Calédonie qui réclame son indépendance, mais elle n’a pas à écrire sur le Sénégal », s’est-il insurgé. « Ce livre là ne sera pas autorisé au Sénégal, ne sera pas commercialisé au Sénégal », a-t-il poursuivi, mettant en garde contre « un projet de déstabilisation » sur un sujet « qui concerne les Sénégalais ».
« Si la France veut nous donner des archives, elle n’a qu’à nous donner les archives de ses exécutions sommaires au Sénégal pendant la colonisation, des guerres qu’elle a menées ici, des tortures qu’elle a menées, des travaux forcés, c’est ça qu’on attend de la France, qu’elle nous donne les archives de Thiaroye 44, mais pas des archives sur une prétendue autonomie de la Casamance », a martelé le Premier ministre.
L’Alliance pour la République, parti au pouvoir jusqu’à la présidentielle de mars dernier, avait aussi protesté dans un communiqué contre la publication d’un ouvrage qui « remet en question les acquis » sur la paix en Casamance et est « dangereux » pour l’unité nationale.