Braderie sauvez du pilon

Feuilles noircies, tranches déchirées, couvertures tâchées. Ces livres abimés, qui ne peuvent plus être vendus en librairie, finissent généralement au « pilon ». Environ 142 millions d’exemplaires, soit près de 25 % des livres édités, seraient ainsi détruits chaque année. Un terrible gaspillage contre lequel la maison d’édition « Rue de l’échiquier » tente de lutter à son échelle en organisant la braderie « Sauvés du pilon »

La totalité des ouvrages « défraîchis » estampillés « Rue de l’échiquier », environ 3000 cette année, sont rapatriés à la boutique afin d’être triés à nouveau et proposés à petits prix lors de cette troisième édition, qui se tiendra le 10 février à Paris (12 rue du Moulin Joly). « Après ce tri, on peut récupérer en neuf, avec un petit coup de chiffon, un certain nombre d’exemplaires. Et ceux qui sont vraiment abimés, qui ont pris un coup de cutter au moment du déballage chez le libraire, qui sont tombés en rayon et qui sont écornés, on les met de côté, pour les proposer soldés. L’objectif, c’est de donner une nouvelle vie à des livres qui n’avaient plus la possibilité d’être commercialisés », explique Thomas Bout, le fondateur de la maison d’édition « Rue de l’échiquier ».

Entre l’extraction chez le distributeur, le transport et le tri, l’opération n’est pas forcément rentable. Pour Thomas Bout, c’est d’abord un « choix politique » qui s’inscrit dans une « logique écologique ». « En raison de notre ligne éditoriale – on publie beaucoup de livres qui traitent d’écologie – nous cherchions une certaine cohérence. Notre ouvrage le plus populaire, Les limites à la croissance, de Dennis Meadows, Donella Meadows et Jorgen Randers, explique à longueur de pages que les ressources de notre planète sont limitées et qu’il va falloir trouver des solutions pour éviter cette dilapidation permanente. En tant qu’éditeur, quand on découvre le grand gaspillage qu’est le pilon, on a envie d’agir. »

Pour s’inscrire dans une logique plus globale, Thomas Bout a créé, en 2010, avec d’autres éditeurs, le collectif des éditeurs écolo-compatibles, qui vise à réduire l’empreinte carbone du métier d’éditeur. « Quand on découvre le pilon et, au-delà, le coût environnemental de la filière, on a envie de faire quelque chose. Tout en étant conscient qu’on participe à une industrie polluante, on a défini des critères, en particulier celui qui nous impose de produire 80 % de nos livres à moins de 800 km de notre lieu de stockage, avec du papier labellisé FSC, PESC ou du papier recyclé. La question qui se pose est de savoir ce qu’on peut faire pour être en cohérence avec les messages que l’on a dans nos livres. La braderie des défraichis est une opération qui s’inscrit dans cette logique-là. »

Source: ID